1905, c’est l’avenir

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Cela ne fera peut-être pas la « une » de tous les médias cette semaine, mais il y a cent vingt ans fut adoptée la loi de 1905. Malgré son âge, ce texte, qui réglemente la présence du religieux dans l’espace ­public, est d’une actualité incan­descente, comme en témoignent les polé­miques qui éclatent dès que se pose la question du port du voile islamique ou celle des crèches de Noël dans les mairies. Nos sociétés, qui se croient modernes, sont toujours prises en otage par des croyances venues de la nuit des temps qui prétendent concurrencer le pouvoir politique. Le clivage entre le spirituel et le temporel est bien plus ancien que la loi de 1905 et n’a jamais cessé, tout au long des siècles, de générer des conflits et des violences. Ce qui rend la loi de 1905 d’une incroyable modernité. Ce texte possède une autre qualité : les Français, de droite comme de gauche, y sont largement attachés. Les textes capables d’un tel exploit sont rares. Alors n’y touchons pas.

On constate chaque semaine que la question religieuse est exacerbée. Dernier exemple en date, le récent sondage de l’Ifop qui a mis en évidence l’attachement de beaucoup de jeunes Français musulmans à l’idéologie islamiste. Ce qui a déclenché une vague de réactions violentes contre l’institut ayant réalisé cette étude, et révélé à cette occa­sion le niveau d’intolérance de ceux qui veulent mettre sous le tapis la question du radicalisme islamique. La technique pour noyer le poisson est de faire des amalgames entre tous les extrémismes religieux, musulman, chrétien ou juif. Ce qui évite de ­comprendre la singularité de chacun, et cela dans le but d’empêcher d’élaborer une réponse appropriée pour chaque dérive religieuse.

L’autre méthode consiste à inverser les responsabilités en accusant les accusateurs d’être « islamophobes » ou « musulmanophobes ». On connaît la musique, et elle ne convainc plus face aux nombreuses études sérieuses sur l’islam et l’islamisme. Malgré ce catalogue de faits objectivement constatés, on trouve encore, en particulier du côté de la gauche dite « radicale », des voix pour crier au racisme antimusulman ou au postcolonialisme. Mais qui encore les écoute et les croit ? De moins en moins de personnes, et cela explique probablement la violence de leur réaction et leur obstination à ne pas reconnaître qu’ils sont dans l’erreur.

On prend alors conscience à quel point la loi de 1905 est indispensable. Il n’y a pas une virgule à y retirer car, dès sa création, elle avait parfaitement bien identifié les dangers que pourraient faire peser les discours et les pratiques religieuses sur les fondements de notre démocratie. L’actualité de cette loi va bien au-delà des frontières de l’Hexagone. On apprend que le Mali serait sur le point de tomber entre les mains des djihadistes et on relate déjà des exécutions, comme celle de Mariam Cissé, une jeune ­tiktokeuse tuée par des islamistes, début novembre, à Tonka, près de Tombouctou. Charlie a titré son dernier hors-série : « La loi de 1905 a 120 ans. Cette laïcité que le monde nous envie ». Cette formule peut paraître prétentieuse, mais non, c’est bien une réalité. Partout dans le monde, des femmes et des hommes souffrent et meurent dans des sociétés religieuses intolérantes. Ceux qui, en France, veulent amender cette loi pour la vider de sa force, au nom d’un relativisme culturel hors-sol, sont les ­complices de ces crimes et de ces oppressions. À quelques semaines des élections municipales, souvenez-vous-en et posez-vous cette question : les candidats qu’on vous propose sont-ils ou non des défenseurs intransigeants de la loi de 1905 ? La réponse vous indiquera si vous pouvez voter pour eux.

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