« Je m’appelle Eléonore Pattery, j’ai 23 ans, et je suis actuellement en Master QSE et RSE (Qualité, Sécurité, Environnement/Responsabilité Sociétale des Entreprises). En tant que future professionnelle de la santé environnementale et de la responsabilité collective, j’apprends chaque jour à appliquer ce que vous – législateurs – refusez aujourd’hui de respecter vous-mêmes. »
C’est par ces mots que cette étudiante a lancé sa pétition sur le site de l’Assemblée nationale, le 10 juillet, pour demander l’abrogation de la loi Duplomb, au motif qu’elle serait « une aberration scientifique, éthique, environnementale et sanitaire », et qu’elle représenterait « une attaque frontale contre la santé publique, la biodiversité, la cohérence des politiques climatiques, la sécurité alimentaire, et le bon sens ». Dix jours après, sa pétition a recueilli plus de 1 million de signatures, un record qui sera probablement battu dans les jours à venir. Mais ce succès suffira-t-il à remettre en cause cette loi, qui autorise de nouveau des produits phytosanitaires comme l’acétamipride, interdit en France depuis 2018, et qui veut aussi développer les mégabassines et l’élevage intensif ? Au mieux, cette performance obligera l’Assemblée nationale à rediscuter de ces questions, mais elle ne remettra probablement pas en cause l’existence de la loi.
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Le site de l’Assemblée nationale accueille d’autres pétitions citoyennes, sur des sujets très variés. Comme par exemple « Non à la triche, oui à la justice : demandons une loi pour protéger les joueurs », dont le but est la lutte contre les tricheurs dans les jeux en ligne et qui a recueilli… cinq signatures. Une autre réclame « […] le renforcement des liens français avec la justice européenne et internationale » et a obtenu… quatre signatures. Sur un total de 387 pétitions ouvertes sur le site de l’Assemblée, seules 32 ont dépassé les 1 000 signatures.
Une Assemblée nationale sous influence
La performance de la pétition contre la loi Duplomb ne peut donc être ignorée. Les partisans de cette loi rétorquent qu’elle remet sur un pied d’égalité l’agriculture française et celle des autres pays européens qui utilisent ces substances toxiques. Pour eux, la France doit sauver ses paysans à coups de pesticides qui, pourtant, les empoisonnent et les tuent. Pour eux, les opposants à la loi Duplomb sont des bobos de ville qui ne connaissent rien à l’agriculture.
Pour trancher l’affaire, on pourrait utiliser une autre méthode. Si les opposants à la loi Duplomb ont collecté plus de 1 million de signatures lors de cette consultation historique, combien obtiendrait une pétition qui réclamerait davantage de pesticides ? Pourquoi la FNSEA et les industriels de l’agriculture ne lancent-ils pas à leur tour une pétition par laquelle les Français pourraient réclamer encore plus de pesticides pour faire pousser ce qu’ils mangent ? De cette manière, on pourrait savoir lequel des deux camps rallie le plus de citoyens à sa cause.
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Cela est bien sûr illusoire car, pour parvenir à ses fins, la petite mafia de l’agriculture industrielle dispose d’outils bien plus efficaces qu’une pétition. Qui sont les lobbys et leurs relations politiques tissées depuis des années dans les couloirs de l’Assemblée et du Parlement européen. Pourquoi perdre son temps à consulter le peuple quand on peut obtenir, lors d’un dîner en ville avec des responsables politiques, la promesse qu’ils feront voter une loi qui sert ses intérêts ?
Non seulement cette pétition démontre que la question des pesticides n’est pas réglée, mais elle met aussi en évidence une Assemblée sous influence. Face à l’enjeu de nourrir le pays, certains députés ont baissé les bras et ont choisi la facilité en continuant à livrer pieds et poings liés l’agriculture française aux industriels. On croit revoir Soleil vert, le film de Richard Fleischer, qui décrivait une planète nourrie aux produits synthétiques fabriqués en usine. Cette fois, la science-fiction arrive dans nos assiettes après avoir été votée démocratiquement par nos députés.
7 months ago
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