Agressions d’extrême droite à Brest. La Bretagne, nouvelle terre d’accueil des nationalistes

7 months ago 67

Le 30 août et le 20 septembre, à Brest, des individus cagoulés, présentés par la gauche et les mouvements antifascistes comme des militants d’ultradroite, ont attaqué respectivement une distribution de fournitures scolaires organisée par le Secours populaire et des militants de LFI, et un bar connu pour ses sympathies « alternatives ». Selon le média StreetPress, la ville portuaire a connu douze attaques de ce genre ces cinq derniers mois. Un phénomène qui s’étend à tout le Grand Ouest français, naguère désert électoral pour l’extrême droite comme pour les groupuscules activistes. De quoi surprendre les militants de gauche les plus anciens, peu habitués à une situation aussi conflictuelle.

Certes, le RN a fait son trou en Bretagne et, aux européennes de 2024, il est arrivé en tête, y compris dans certaines villes comme Brest et Lorient, progressant à Vannes, dépassant les 20 % à Saint-Brieuc ; plus en retrait dans les métropoles de Rennes, Nantes et Angers. Cette progression explique-t-elle la survenue d’actes violents dans la région ? Pas vraiment. Le parti à la flamme a évacué vers Bruxelles l’artisan de son succès breton : le très identitaire Gilles Pennelle, en outre directeur général du mouvement, a dû porter le chapeau des quelques investitures de candidats « sulfureux » et a été débarqué, avec en lot de consolation un mandat de député européen. Pour rassurer, le parti a investi à Brest, pour les prochaines municipales, un revenant, l’ancien centriste Yves Pagès, qui aura 78 ans et derrière lui un mandat de conseiller général, ainsi qu’un autre de maire d’une petite commune. Pas de quoi enthousiasmer les radicaux, peut-être encouragés, tout de même, par une certaine désinhibition de ce qu’on peut dire en public sans être catalogué « facho ».

Partie de cache-cache

Les attaques brestoises sont attribuées par les connaisseurs de l’ultradroite à deux groupes : un de supporters ultras du club de football local, l’autre plus marqué nationaliste à matraque. De fait, les stades de l’ouest de la France sont un vivier de recrutement. Compréhensible : sur dix-huit clubs de Ligue 1 de football, on en compte cinq dans le Grand Ouest, et trois autres évoluent en Ligue 2. À Rennes, Nantes, Guingamp et Brest, les ultras posent un problème aux clubs, qui n’ont aucun contrôle sur leurs actions hors des stades, par exemple dans les manifestations anti-migrants de Callac et Saint-Brévin en 2023.

Angers, Rennes et Nantes ont aussi en commun d’être des villes universitaires avec, dans les deux dernières, une activité d’extrême gauche, voire d’ultragauche très vivace et très actif au niveau national. D’où des heurts fréquents avec deux groupuscules nationalistes, l’Oriflamme et Korser, dont le point commun est d’être nés d’une scission de l’Action française menée par des militants qui préfèrent la baston à la lecture de Maurras. La pression de l’extrême gauche, qui réclame systématiquement l’interdiction de tous les rassemblements « fascistes », accroît la polarisation : le 21 septembre c’est la « fête du cochon » organisée par le Parti de la France, le parti d’extrême droite fondé par Karl Lang et des anciens du Front national, qui a été annulée sous la pression d’une députée LFI d’Ille-et-Vilaine… et qui s’est finalement déroulée dans le département voisin du Morbihan, à l’initiative cette fois de Riposte laïque, une revue laïque pro-russe et proche de l’extrême droite.

Même jeu de cache-cache lorsqu’une préfecture interdit, les 14 et 15 juin derniers, le rassemblement de tous les groupes du Grand Ouest près de Châteaubriant, sous l’égide du Mouvement chouan, un groupe identitaire, sorte d’organisation-parapluie de tout ce qui existe de la Vendée aux Côtes-d’Armor et de Brest à Laval. Le préfet de Loire-Atlantique met son veto, sous la pression des associations qui considèrent comme une provocation ce rendez-vous dans un haut-lieu de la Résistance. Et tout ce monde s’est retrouvé en Mayenne. Guérilla culturelle, mini-guérilla urbaine, la Bretagne n’était pas habituée à cela. Ce ne sont pour l’instant que des coups de poing et des tables qui volent. N’empêche que le fonds de l’air devient malsain.

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