Appel des viols de Mazan : « Je n’ai jamais voulu violer cette dame »

7 months ago 64

Il n’en reste donc qu’un seul. Ils étaient dix-sept à vouloir faire appel, puis chacun s’est désisté au fur et à mesure des semaines. Un seul irréductible maintient son appel. Il s’agit de Husamettin D., ex-ouvrier du bâtiment de 44 ans, condamné en première instance à neuf ans de détention pour avoir violé Gisèle Pelicot, à l’invitation de son mari qui l’avait droguée. C’est un véritable pari, cet appel, au regard de l’ampleur de la médiatisation qui se focalise sur lui seul et non dispersé, comme en première instance, sur les cinquante accusés. Un appel qui sera jugé par un jury populaire, possiblement plus intransigeant, et non par des magistrats professionnels. Un grand risque, aussi, car les compteurs sont remis à zéro. S’il a eu neuf ans en première instance, sa peine pourra être réduite, mais elle peut aussi être plus haute qu’en première instance, jusqu’à vingt ans pour viols aggravés.

Un petit air de déjà-vu entoure ce procès en appel : comme à Avignon, des féministes brandissent des banderoles devant le tribunal et le public est présent en nombre dans la salle d’audience et dans une salle de retransmission. « Je suis venu pour applaudir à nouveau Gisèle, pour qu’elle ne soit pas seule » nous explique l’une des femmes présente dans le public. Gisèle Pelicot est donc acclamée à son arrivée et à sa sortie, mais accompagnée uniquement cette fois-ci de son fils Florian. Sa fille Caroline quant à elle ne lui parle plus, considérant qu’elle n’est pas assez soutenue par sa mère dans sa démarche de faire reconnaître les viols par son père Dominique Pelicot dont elle estime être victime. Husamettin entre de son côté dans la salle d’audience le visage entièrement caché : casquette, lunettes de soleil et masque sanitaire sur le nez, pour échapper aux photographes et caméras venus en nombre. Il se déplace difficilement, en raison d’une polyarthrite rhumatoïde, et marche avec une béquille.

Quel sera son axe de défense ? À la barre, interrogé par le président, Husamettin ne conteste pas la matérialité des viols, avec des pénétrations vaginales et buccales (et comment le pourrait-il, puisqu’il a été filmé ?) mais, comme lors de la première instance, il en conteste l’intentionnalité. Il assure s’être rendu au domicile de Mazan en pensant participer à une rencontre libertine, après avoir échangé avec Dominique Pelicot sur le site Coco.fr. « J’ai jamais voulu violer cette dame. J’ai beaucoup de respect pour elle, dit-il à la barre. Je n’ai jamais su qu’elle était droguée » ajoute-t-il.

Clivage fonctionnel

Qui est Husamettin ? Ce premier jour était consacré à l’examen de sa personnalité. À la barre, il est taiseux, peut-être car il s’exprime difficilement en français. Il ne travaille plus, il a un taux d’incapacité de 100 %, « de 80 % » rectifie le président lisant un rapport médical. Né en Turquie, aîné d’une fratrie d’un frère et de deux sœurs, il est arrivé en France à l’âge de six ans, pour suivre son père qui venait y travailler. Un père dont il a subi la violence, selon son témoignage. Il grandit dans un contexte socio-économique difficile, en banlieue, qui selon lui l’a détourné du droit chemin. À l’adolescence, son père le met à la porte après des premiers faits de délinquance. Il erre alors de foyer en foyer, premier trafic de stups à 17 ans, il est incarcéré à 20 ans. Après la prison, il tombe dans une forte consommation d’alcool et de cannabis. Coté vie privée, il est en couple avec une femme qui n’est pas parvenue à avoir d’enfant pendant plusieurs années. Puis, un jour, elle tombe enceinte, mais apprend que l’enfant sera trisomique. Le couple décide de le garder malgré tout, et Husamettin arrête de travailler pour s’en occuper, sa femme conservant un emploi plus stable.

Les psychologues soulignent un « clivage fonctionnel », qui scinde d’un côté une vie de bon père de famille, et de l’autre des pratiques libertines cachées. On n’est d’ailleurs pas à un paradoxe près : d’après l’enquête de personnalité, il s’est séparé d’une première compagne car elle ne voulait pas porter le voile, mais avec la compagne suivante, il avait des pratiques libertines, comme du triolisme. Par ailleurs, une fois par an, pour son anniversaire, il fréquentait une prostituée.

Une chose est sûre pour les experts, l’accusé a un rapport tout à fait normal avec la réalité : aucune abolition du discernement. « S’il a transgressé un interdit, il l’a fait en toute connaissance de cause », souligne le psychiatre Laurent Layet. Déjà, en cette première journée d’audience, plane la figure de Dominique Pelicot, qui sera présent ce mardi en qualité de témoin. La défense de Husamettin suggère à plusieurs reprises la manipulation dont a pu être victime leur client, influencé par Dominique Pelicot, qui a vingt ans de plus que lui, « figure puissante », « paternelle », face à un homme « timide » et « naïf ». Reste à voir si cette ligne de défense aura plus de succès qu’en première instance.

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