Et merde… Voilà qu’on s’est encore perdu dans les dédales de YouTube. Entre deux vidéos de complotistes platistes et antivax, l’algorithme de plateforme a cru bon de nous suggérer une nouvelle crémerie de zinzins : la chaîne de la députée insoumise Ersilia Soudais. Elle y a publié, en direct, ce vendredi 10 octobre, une retransmission de son ciné-débat organisé à Mitry-Mory (Île-de-France). Le thème ? « Le voile : on va arrêter de se laisser faire ». On y apprend notamment que « la discrimination des musulmans ne reflète pas que le racisme, elle est méthodique et intéressée afin de précariser », dixit Hafiza B. Kreje, une militante du Nouveau Parti Anticapitaliste. Allons bon.
On aurait pu prendre le temps de lui expliquer, à notre marxiste à deux balles, que le capital n’a pas grand intérêt à exclure qui que ce soit. Qu’il n’y a évidemment pas de grand complot, au sommet de l’État, pour affamer les femmes musulmanes, mais à quoi bon ? On a préféré s’intéresser au fameux documentaire qui précédait leur séance de catéchisme. Et ça vaut le détour. D’abord, plusieurs femmes se présentent face caméra. Deux d’entre elles sont mineures et nous expliquent les raisons de leur combat en faveur du port du voile à l’école. « C’est mon choix en fait », affirme une jeune fille souriante de quinze ans. « Arrêtez en fait, je vois pas en quoi je vous dérange, je vois pas en quoi on peut déranger, on fait juste notre vie, on a juste un truc sur la tête. On vous impose pas notre religion, on essaye juste de la pratiquer en toute liberté », abonde sa soeur, de deux ans son aînée.
Pour accompagner ces témoignages, le documentaire est entrecoupé d’interview d’universitaires. Ainsi, Julien Talpin, chercheur en sciences politiques au CNRS nous explique que « la très grande majorité des femmes choisissent librement de porter le foulard », que c’est « souvent le fruit d’un processus personnel de réflexion spirituelle, parfois même une forme d’affirmation et d’émancipation par rapport à certaines traditions familiales ». Et si ce choix est le « fruit d’un processus de réflexion spirituelle », comme le dit le sachant, « qu’on en finisse avec la police du vêtement et qu’on arrête de harceler ces jeunes filles qui ont fait le choix de porter un voile », tranche une autre interlocutrice. Comprendre : il faut abolir la loi de 2004, qui interdit le port de signes religieux ostentatoires à l’école publique.
Écouter Houria Boutledja
Voilà la rhétorique éminemment politique que tente d’imposer la députée insoumise Ersilia Soudais. D’ailleurs, elle ne s’en est jamais caché, vantant régulièrement, comme en mars 2024 à Maroc Hebdo, la nécessité d’un « féminisme décolonial qui s’oppose au féminisme blanc ». Mais les a-t-elle vraiment écoutés, les militants décoloniaux ? Parce que ce discours, qui voudrait que le choix de porter le voile, comme nous l’explique son chercheur du CNRS, soit le fruit d’un cheminement personnel, n’est pas celui de certaines de leurs figures de proue. Il suffit d’écouter Houria Bouteldja, auteur de Les Blancs les Juifs et nous, pour mieux comprendre leur position sur le sujet.
Début septembre, lors d’un atelier du média Paroles d’Honneur, sur lequel Ersilia Soudais a pourtant déjà été invitée, l’essayiste expliquait que « les femmes musulmanes en France n’ont pas cheminé, […] la question du cheminement spirituel est une rhétorique. C’est la condition à partir de laquelle la gauche pouvait accepter de défendre les femmes musulmanes ». Pour Bouteldja, si les femmes musulmanes portent le voile, c’est d’abord parce qu’elles y sont contraintes par la pression de la communauté, et parce que leurs modèles familiaux le portent avant elles… « La pression, voilà un mot important. Ma mère me met la pression. Mon père me met la pression. Les musulmans mettent la pression. Et c’est tout à fait vrai. Quand je vivais dans mon quartier, je vivais sous la pression. On était tous sous contrôle, garçon et fille, même si le niveau de pression sur les filles était supérieur. On traquait les traîtres. On me traquait, mais je traquais aussi. Ceux qui par exemple ne faisaient pas le ramadan ou les filles qui voulaient trop vivre à l’occidentale et mettre des minijupes, on les traquait », racontait-elle le même jour. Un discours qu’aurait bien du mal à reprendre, dans les médias généralistes, Ersilia Soudais.
La députée n’est, finalement, que l’idiote utile des revendications de l’islam ultraconservateur. Car le piège dans lequel la gauche est tombée, c’est encore Houria Bouteldja qui en parle le mieux. Faisons simple : si certaines femmes musulmanes portent le voile, c’est moins par « cheminement personnel », comme l’assurent les savants du CNRS, que par « injonction divine » et par « pression » communautaire, comme le répète publiquement Houria Bouteldja. Ces histoires de liberté personnelle ? « Il a fallu inventer une raison de porter le voile, [une raison] qui, du coup, corrompait notre rapport à l’islam ». Difficile de faire plus clair.
7 months ago
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