Billet. Le casse du siècle au Louvre : non, la République ne s’effondre pas

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« C’est un terrible échec. Le genre de symbole qui va donner un coup au moral des Français. » Pauvre Stéphane Bern. On aurait presque envie de le réconforter, tant son chagrin sonne vrai. Pas sûr cependant que tous les Français surexcités depuis dimanche par le récit du casse du siècle partagent à ce point son affliction, sans nier la perte inestimable pour le patrimoine que constituent les joyaux dérobés ce week-end au musée du Louvre. Dommage toutefois qu’il croit nécessaire d’ajouter que « c’est le symbole d’une forme d’effondrement, d’une France qui est d’une certaine manière en perdition. Si on ne respecte même plus ça… » La droite et l’extrême droite se lèchent les babines. Cette histoire de bijoux tombe à point nommé. Bardella a regretté « une insupportable humiliation pour notre pays. Jusqu’où ira le délitement de l’État ? » Le député RN Jean-Philippe Tanguy s’en prend au « système politico-médiatique » – le fameux, « responsable avec son idéologie laxiste insupportable ».

La gauche n’est pas en reste. L’adjointe à la mairie Hélène Bidard, elle, tacle ironiquement la ministre de la Culture : « S’agissant de la protection de bijoux, nul doute qu’elle aura pris des dispositions », référence aux bijoux non déclarés de Rachida Dati. Les médias étrangers, eux aussi, se félicitent d’avoir trouvé une grille de lecture symbolique particulièrement éclairante. Le cambriolage fait le tour du monde, et les correspondants tentent d’y lire une dimension philosophico-politique. El Pais fait dans l’emphase : « Le Louvre a failli à un devoir essentiel : celui de comprendre son époque, une époque où rien n’est acquis. La France a lamentablement échoué dans la sauvegarde de son patrimoine. »

Quand la presse étrangère s’y met

« Au-delà des dommages économiques, la portée symbolique du cambriolage est immense, analyse le journal italien Corriere della Sera. Le cambriolage de l’un des monuments français les plus célèbres au monde, […] survient dans un contexte déjà difficile pour le pays, frappé par la crise des finances publiques et le chaos politique. » Le site suisse Blick tente aussi une analogie acrobatique : « Impossible de ne pas tomber, dans les médias français, sur le parallèle entre ce musée cambriolé et l’état du pays, assommé par une dette record et paralysé depuis des mois par une crise politique », avance-t-il, ajoutant : « Le sentiment dominant est que l’une des tentations, pour refinancer le modèle social français mal en point, est que l’État devra se séparer d’une partie de son patrimoine. » On vous demande pardon ?

Il est même cocasse, à l’échelle de l’histoire, de constater les parallèles automatiques dressés aujourd’hui entre le destin de la république français et celui des joyaux de la Couronne de France. Un cambriolage n’est rien d’autre qu’un cambriolage : une conjonction de facteurs pratico-pratiques qui loin de tout symbolisme ont rendu le vol possible. Les seuls à même d’en parler, et qu’il faudrait à ce jour écouter, sont les membres du personnel du musée du Louvre, ceux qui se sont mis en grève en juin dernier pour alerter sur les sous-effectifs chroniques et la surfréquentation du musée. Selon la Cour des comptes, le Louvre n’est pas aux normes techniquement parlant. À peine un tiers des salles du musée sont équipées de caméras de surveillance. Sur ce, fin des envolées lyriques.

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