Il y a ces alignements de mots apathiques. Ils fonctionnaient à tous les coups. Quelques-uns en ont usé et abusé jusqu’à ce qu’ils ne trompent plus personne. En 1958, sur un balcon d’Alger, les bras en V : « Je vous ai compris ! Je sais ce qui s’est passé ici. Je vois ce que vous avez voulu faire. Je vois que la route que vous avez ouverte en Algérie, c’est celle de la rénovation et de la fraternité », passait encore. Paroles de Général. Bientôt 70 ans plus tard, sur Télématin, dans la bouche de la porte-parole du gouvernement, Sophie Primas, la diplomatie du « je vous ai compris » balancé en l’air : plus personne n’y croit, d’autant plus quand il s’agit de parler écologie et loi Duplomb.
Rembobinons. C’était donc le 21 juillet dernier, il y a une semaine tout juste. La pétition en ligne contre la loi Duplomb – adoptée par le Parlement le 8 juillet pour limiter les « contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur » en réautorisant notamment des néonicotinoïdes toxiques – n’avait pas encore atteint le cap des 2 millions de signatures d’aujourd’hui. Mais devant des chiffres dépassant déjà le nombre de voix de Valérie Pécresse aux dernières élections présidentielles, le gouvernement a joué l’arrogance gaullienne : « Le gouvernement écoute bien sûr les mouvements démocratiques comme celui qui s’exprime aujourd’hui. Peut-être n’avons-nous pas assez expliqué, peut-être n’avons-nous pas assez rassuré », dixit Sophie Primas sur France 2, donc.
Xavier Jamet : de la FNSEA au gouvernement
Alors elle « écoute », Sophie. Mais dans le même temps, dans l’arrière-boutique, la très droitière porte-parole du gouvernement déclare la guerre aux anti-Duplomb. Dans quelques jours, selon les informations de La Lettre, elle a prévu de nommer un certain Xavier Jamet, patron des affaires publiques de la FNSEA jusqu’en juin, à la tête de son cabinet. Faut dire que ces deux-là se connaissent bien : pendant 10 ans, l’ancien représentant du syndicat agricole des accros au glyphosate, coauteur de la loi Duplomb, a bossé auprès de Sophie Primas en tant que collaborateur parlementaire au Sénat.
Et, de fait, lorsque l’ancienne sénatrice concède – sur la loi Duplomb – n’avoir « pas assez expliqué » et « rassuré », on a bien compris que si, demain, elle devait « expliquer » la loi et « rassurer », c’est pour mieux leur dire les balivernes que la droite et les complotistes anti-écolo épandent déjà dans les médias depuis des semaines. Soit : « l’acétamipride n’est pas dangereux dans les quantités réglementaires » ; « même que l’Europe elle l’interdit pas » ; « c’est de la désinformation organisée par les écologistes »… Comprendre : gnagnagna… À l’encontre, bien sûr, de toutes les preuves scientifiques et matérielles de l’Anses ou du CNRS qui existent et que Fabrice Nicolino rappelle dans nos colonnes depuis des mois.
Qu’importe, un million ou deux de signatures ou pas, la « macronie », trop empêtrée dans ses jeux d’alliance avec la droite en attendant le vote du budget, se fiche pas mal des études, des preuves, et surtout de l’écologie. Si. Il y a bien Gabriel Attal qui a voulu faire cavalier seul au sein de la majorité et a récemment dénoncé – lors d’une conférence de presse – « la grande régression climatique que certains veulent nous imposer, y compris au sein même du gouvernement ». Dommage que le poulain d’Emmanuel aux cheveux poivre et sel ait voté… pour la loi Duplomb trois semaines plus tôt.
7 months ago
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