Même avec la meilleure volonté du monde, on a du mal à l’imaginer : l’adolescence de notre cher Président. Imaginez un jeune Manu, quelques boutons d’acné, les dents ferrées peut-être, qui fait des boulettes en papier avec les pages de son cahier, mate dans la rue avec l’aisance d’un pingouin et passe des heures dans sa chambre à se poser des grandes questions existentielles. Difficile d’y croire. Il semble, aussi étrange soit-il, que le Président soit un être d’une autre trempe, de ceux qui viennent au monde en costard cravate, un plan quinquagennal bien en tête. Les mêmes zozios qu’on retrouve à La Défense, plus proche du requin que de l’homme. Rien que ses apparitions en sweat-shirt jogging, savamment élaborées sans nul doute, crée un monde d’incohérences entre sa tête et son corps. Comme ces bouquins pour enfants où l’on crée des silhouettes en tournant les pages. En bref, Macron a toujours été un vioque antipathique et récemment, il l’a avoué.
À lire aussi
On déteste aussi Macron

« Je n’ai jamais été un adolescent. Je n’aime pas les adolescents. Je ne les comprends pas. Ma femme les comprend », a lâché l’abrupt pontife à son camarade de voyage, l’écrivain Emmanuel Carrère, et ses autres collaborateurs lors d’un dîner dans le Falcon présidentiel. On relèvera d’abord la mise en scène laborieuse d’une telle déclaration. Une phrase pseudo-subversive qu’on laisse échapper en fin de repas en regardant l’effet qu’elle produira. Puis, pour Brigitte, aïe. On sait qu’ils se sont rencontrés de façon louche sur les bancs du lycée, elle d’un côté du bureau et lui de l’autre, mais on penserait qu’au bout de tant d’années de mariage, ce n’était plus un sujet.
Vieux-né
Et, surtout, l’éclair de compréhension. Macron est né vieux. Macron n’a alors sûrement pas connu les doutes de l’adolescence : les crises identitaires, l’angoisse et l’impression de ne pas savoir par quel bout commencer. Peut-être même ne croit-il pas à l’existence de cet âge turbulent. En tout cas, il n’en a cure. Car, depuis son arrivée au pouvoir, Macron n’a quasi jamais levé une phalange pour les ados de notre pays et ce n’est pas l’esbroufe du chèque culture qui nous fera dire le contraire. Quand Salomé Saqué l’apostrophe au 20 heures de TF1 sur la santé mentale des jeunes, il s’en prend aux psys. Quand les émeutes après le meurtre de Nahel explosent, le président ne s’adresse pas à ces jeunes en colère, mais à leurs parents : « J’en appelle à la responsabilité des mères et des pères de famille. » Dans le monde de Macron, les jeunes sont invisibles : on ne leur parle pas, on les discipline. On se souvient encore de la saillie autoritariste de sa jeune réplique, Gabriel Attal : « Tu casses, tu répares, tu salis, tu nettoies, tu défies l’autorité, on t’apprend à la respecter. » Une sortie digne du modèle parental des années 1950. Au passage, on rappellera que, depuis 2017, il n’y a pas eu de ministère de l’Enfance.
La jeunesse, aux yeux de Macron, est surtout une main-d’oeuvre corvéable à merci. Il suffit d’écouter son discours surexcité devant les Jeunes avec Macron pour les dix ans du mouvement : « J’aurais besoin de vous pour dans deux ans, pour dans cinq ans, pour dans dix ans. ». Et puis, il y a les autres jeunes. À l’écouter, il faut qu’on s’enrôle dans l’armée, qu’on se reproduise pour réarmer le pays et qu’en plus, on la ferme quand on réduit nos aides et qu’on vire nos amis de leur logement Crous. Pourtant, Macron est le plus jeune président de la Ve République, il nous est bien plus proche qu’un Sarkozy ou qu’un Chirac. Tout compte fait, comme pour tout le reste, Macron n’aime bien les jeunes que quand ils lui sont utiles.
7 months ago
55




