Elle s’est entraînée pendant des semaines à dire « bonsoir », tout allait pourtant mieux quand elle disait « bonjour ». Depuis que Léa Salamé a pris la tête du 20 heures de France 2, la France entière se pourlèche les babines dans l’attente du crash. Celui-ci est finalement venu avec l’interview ratée de Marion Cotillard, entre une date erronée de la sortie de son dernier film et cette question inopportune quant à sa vie privée : « Comment ça va ? » « ça va, merci, et vous ? », répond l’actrice, tout juste divorcée. Pourtant, bien avant cette séquence, d’aucuns soulignaient déjà la baisse des audiences et les choix éditoriaux des sujets.
La matinale de France Inter co-animée par Léa Salamé dans son binôme fusionnel avec Nicolas Demorand était pourtant l’histoire d’un succès. La dernière saison a battu tous les records avec 7 214 000 auditeurs quotidiens. Sans doute Delphine Ernotte a songé que la popularité de la présentatrice serait transposable à la télévision. Autant sa voix faisait mouche auprès des amateurs de France Inter, autant son visage invité tous les soirs dans le salon des Français a mystérieusement du mal à passer.
Peut-être que les auditeurs de la première radio de France ne sont pas les mêmes que ceux qui regardent le JT. Sans doute n’est-elle pas assez « Madame tout le monde », avec son assurance un brin bling-bling, son compagnon élu au Parlement européen, son père ministre au Liban et son pédigree qui transpire l’école Alsacienne. Son couple inspire – injustement – la méfiance. Son style agace. « Et si elle était restée Hala ? « Je me pose parfois la question, s’adoucit-elle, le nez dans son châle bleu Hermès », écrit Sophie des Déserts dans un portrait de Libération.
Le moment des Français
Peut-être aussi que sa détermination à créer « un moment » s’applique mal à l’exercice du JT, cette cérémonie religieusement minutée où rien ne doit dépasser. « Moi, mon obsession sur France Inter, c’est de créer un moment. L’important, évidemment que ce n’est pas la question, c’est le moment », expliquait-elle à David Castello Lopez dans une interview diffusée sur Konbini. Or, le 20 heures, ce n’est pas un moment de télévision : c’est le moment des Français, où l’on parle d’eux et de leurs préoccupations. Quand le PAF est saturé de polémiques et d’interventions vaines, quand les téléspectateurs ne peuvent choisir entre le mépris de Quotidien et les bassesses de TPMP, reste le JT. Son sérieux rassure. Léa Salamé en a conscience : elle recadre ainsi Artus qui la vanne à propos d’une ancienne remarque sur sa consommation d’alcool « S’il vous plaît, on est au JT ». Mais elle excelle davantage dans l’animation de Quelle Époque, dans un exercice de spontanéité sous les projecteurs.
Peut-être surtout que le 20 heures est un doudou. Un doudou, ça ne se prête pas, ça ne se change pas. Claire Chazal a présenté le JT de TF1 pendant 24 ans, Patrick Poivre d’Arvor, 21 ans. Quant à David Pujadas, il a gardé sa place au chaud pendant 16 ans. Laissons à Léa Salamé l’opportunité de durer quelques années, et de devenir, de journal télévisé en journal télévisé, la Jean-Pierre Pernault de mes vieux jours.
7 months ago
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