Vous êtes une femme blanche, vous avez entre vingt-cinq et quarante ans, vous n’avez pas de travail ou vous vous emmerdez prodigieusement au service comptabilité d’une grosse boîte de transport fluvial. Vous n’y connaissez pas grand-chose en histoire des religions, vous pensez aussi qu’elle n’est pas nette, cette histoire de crise sanitaire, que le Covid-19 est une machination inventée par les puissants pour contrôler les masses. Inutile de le préciser : vous vous méfiez de la vaccination. Surtout, vous êtes en quête du dernier test de personnalité à la mode qui vous dira si vous êtes plutôt élément d’eau ou de feu. De toute façon, votre psychiatre n’a été bon qu’à vous bourrer le crâne d’anxiolytique mais votre prof de yoga lui, vous trouve particulièrement souple.
Alors j’ai une bonne nouvelle pour vous : un nouveau plan de carrière, au potentiel lucratif très sérieux, vient de se débloquer. Devenez, dès aujourd’hui, une prêtresse galactique. Ça claque, non ? Qu’est-ce que c’est, exactement ? Allez savoir. Ce que j’en comprends moi, c’est qu’une tripotée de gourelles à plumes dodelinent de la tête sur leur compte Instagram comme autant de volatiles possédés en psalmodiant un charabia aux consonances vaguement slaves. Elles le jurent : elles parlent « le langage de la lumière ». Alors, par souci de rigueur journalistique, je vais tenter de restituer ici une phrase de cette langue éthérique, version « pleiadien », dont vous pouvez retrouver la version intégrale ici : « Siou tsiou tsiou tsiou, siou tou tou siou tou tou siou, tsiou tsiou tsiou tsiou […] » (Je ne suis pas sûr pour l’emplacement des virgules.)
Alors à quoi ça sert, puisque personne n’y comprend rien ? En fonction du fonds de commerce de l’arnaqueuse qui vous vend l’histoire, cette langue de lumière sert à se connecter à des êtres supérieurs, à se libérer de la matrice dans laquelle nous vivons tous, ou, plus prosaïquement, à guérir tous les maux possibles, du petit bobo sur le genou au passé traumatique d’abus et de violence. Encore mieux que l’homéopathie, dites donc. Mais attention : ne demandez pas à ces polyglottes initiées de répéter ce qu’elles viennent de dire, ni même de se parler entre elles, comme deux locutrices d’une langue terrestre, car ne marche pas comme ça. Non : c’est vi-bra-toire.
À quel moment doit-on considérer qu’il s’agit d’un problème de santé (mentale) publique ? Je pense qu’on peut dire que la pandémie a sérieusement traumatisé une partie non négligeable de la population mondiale – tous genres confondus. Et que, visiblement, c’est beaucoup plus difficile pour certains de s’en remettre. Quand il y a vingt ans, chaque zinzin ésotérique vivait son petit plaisir coupable de son côté et se rendait, pour les plus investis, à une réunion annuelle des amateurs de reptiliens, ça allait encore. Mais là, la sédimentation flippante de toutes ces théories new age est en train de dessiner une nouvelle population transnationale. Et faites-moi confiance : les illuminés des étoiles pourraient un jour demander leur reconnaissance à l’ONU.
7 months ago
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