Le régime des mollahs va-t-il enfin disparaître ? L’apartheid sexuel que subissent les femmes iraniennes va-t-il enfin être détruit ? Ce régime liberticide va-t-il soudain s’évaporer, et la démocratie durablement s’y installer ? Si l’on croit le « narratif » israélien et américain, on pourrait naïvement l’espérer. En lançant ses frappes contre des sites militaires et nucléaires iraniens la semaine dernière, le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, a annoncé vouloir par la même occasion « libérer » l’Iran du régime des mollahs. Donald Trump qui s’est lancé aussi dans l’offensive a affirmé sur les réseaux sociaux vouloir « rendre de nouveau sa grandeur » à l’Iran.
Vive les sauveurs occidentaux qui viennent en aide aux populations asservies par leur régime ! Mais qui peut encore croire que la liberté des peuples se met en place de cette manière ? Il suffit de lire les réactions de nombreux opposants au régime iranien – que l’on ne peut suspecter d’une quelconque accointance avec les mollahs, car ils les combattent depuis des années au péril de leur vie – pour comprendre combien ils se sentent humiliés par ces frappes.
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Ainsi le philosophe iranien Anoush Ganjipour estime dans une tribune dans Le Monde que « rien ne justifie l’atteinte à l’intégrité territoriale de son pays ». Pour lui comme pour plusieurs opposants, la République islamique doit être renversée par le peuple iranien lui-même, « seul souverain légitime et maître de son destin ». Les Prix Nobel de la paix Narges Mohammadi et Shirin Ebadi, les cinéastes Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof ont dénoncé dans une tribune collective ces frappes avec tout autant de force. « Ce conflit ne se contente pas de détruire des infrastructures et de faucher des vies civiles, il constitue une menace grave pour les fondements mêmes de la civilisation humaine » dénoncent-ils. Les opposants iraniens sont pris dans un « étau », entre les mollahs qu’ils combattent de toute leur force depuis des années, et les frappes israéliennes et américaines qu’ils qualifient « d’agression », et qui risquent de saper des années de leur combat.
Amnésie historique
Une situation d’autant plus intenable, car les « libérateurs » sont loin d’être de grands démocrates. Quel crédit accorder en effet à Netanyahou ou à Trump sur leur conception de la démocratie ? L’un est visé par un mandat d’arrêt international, et accusé d’actes génocidaires en Palestine, et l’autre sape de plus en plus les fondements de la démocratie américaine.
L’histoire montre qu’à chaque fois, imposer la démocratie par la guerre est un échec. Faut-il rappeler les enfers que sont devenus l’Irak, l’Afghanistan et la Libye ? « On n’exporte pas la démocratie dans des fourgons blindés » disait justement Jacques Chirac à propos de la guerre en Irak. Une étude publiée en 2020 par un groupe de réflexion américain sur les libertés et la gouvernance, citée par le journal Québécois Le Devoir, rappelle que sur une trentaine de changements de régime lancés par des opérations américaines, à peine quatre d’entre elles ont permis l’instauration d’une démocratie. Il s’agit de l’Allemagne, du Japon et de la France, après la Deuxième Guerre mondiale, ainsi que du Panama, sorti de sa dictature militaire en 1990. Ces réussites, selon eux, s’expliquent par le fait que la plupart de ces pays, à l’exception du Panama, avaient déjà eu un passé démocratique ou disposaient d’une économie moderne ainsi que d’une bureaucratie et d’institutions solides. Concernant la France, on peut ajouter aussi que la libération ne provenait pas seulement des Alliés, mais était préparée et soutenue par les mouvements de résistance en France, ce qui évitait le sentiment d’une remise en cause de l’intégrité territoriale.
Les mouvements d’opposition au régime Iranien vont-ils saisir l’opportunité de se soulever à nouveau ? Vont-ils seulement pouvoir le faire ? « Comment affronter à la fois la répression du régime et les bombes qu’envoient d’autres pays ? » se demande à ce propos Shirin Ebadi dans une interview à RFI. Comment une démocratie peut-elle se mettre en place sans être entachée d’une illégitimité si elle a été imposée par la force ? Comment éviter que l’Iran sombre dans une guerre civile comme on a pu le voir en Libye ? Une chose est sûre, plus que jamais le droit international est foulé aux pieds, la loi du plus fort prend le pas dans un monde de plus en plus en proie au chaos.
1 year ago
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