Au Sommet des Océans, on a moins œuvré à nettoyer les mers qu’à laver l’image de marque des grandes entreprises qui contribuent elles-mêmes à les polluer. On voulait faire de ce sommet « le plus grand rassemblement international » jamais dédié aux océans. On voulait que l’évènement touche le « grand public », notamment à La Baleine, nom dont on a affublé le béton du palais des expositions transformé pour l’occasion en grand festival des pollueurs de ce monde. Les pavillons censés défendre la biodiversité ont été sponsorisés en grande partie par CMA-CGM. La troisième compagnie mondiale a déboursé pas moins de 2 millions d’euros pour financer l’événement. Or, le secteur auquel elle appartient est aussi responsable de 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Soit autant que celles émises par l’aviation. Celles-là mêmes qui ont fait doubler les vagues de chaleur marine et rendu les océans plus acides que jamais. Plus loin, dans le ventre de « La Baleine » on croise aussi Axa, lié à l’exportation du gaz de schiste, ou BNP Paribas, qui ne lésine pas sur ses soutiens à l’énergie fossile. Pire encore, on trouve un pavillon tenu par MSC… qui arme d’immenses navires de croisières destructeurs pour l’environnement.
Bluewashing
Impliquer des acteurs économiques au sein des discussions sur l’avenir des océans et des résolutions qui en découlent n’a rien d’amoral ni d’étonnant. C’est même nécessaire, à condition qu’il ne s’agisse pas d’un gros chèque destiné à se blanchir, ou plutôt à se « bluewasher », selon l’expression consacrée. Mais c’est aussi un peu risible, si ce n’est déprimant, au regard des dernières déclarations que l’on attend ce vendredi pour le dernier jour du sommet. Est-ce que les décisions seront contraignantes ? Que signifie « la protection forte » annoncée par la ministre Agnès Pannier-Runacher, terme qui n’a aucune définition juridique, dans la mesure où ces eaux françaises pourront toujours être exploitées par des chalutiers industriels ? Que penser d’une régulation de la pêche « au cas par cas » ? Sans parler de l’absence de coalition forte contre l’exploitation minière des fonds marins : le nombre de pays engagés sur ce sujet est passé de 32 à 37 seulement, sur les 169 États membres de l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM).
Aucune transition claire pour lutter contre « les effets néfastes du changement climatique » n’a été entérinée, quand bien même celui-ci reste la première cause de la détérioration des océans. Que les grandes compagnies internationales continuent à souiller les mers avec leurs monstres flottants, leurs conteneurs et leurs navires de croisières à toboggan, du moment qu’elles s’offrent, dans un pavillon au fond d’un parc d’exposition, trois affichages sur les ours polaires ou un rapide débat sur l’avenir des coraux.
1 year ago
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