Billet. Tout le monde déteste les touristes

1 year ago 53

C’est chiant les touristes. Ça parle fort, ça prend tout en photo, ça marche lentement, ça squatte les meilleurs restaurants de la ville. Et puis surtout ça gâche le paysage : non content de trimballer des sacs Basic Fit hideux sur toute la planète, les touristes ont fait fleurir dans leur sillage ces immondes boîtes à clés, haut symbole du surtourisme, qui peuplent désormais toutes nos rues. Résultat ? Les locaux peuvent toujours crever pour essayer d’obtenir un logement décent, les locations étant toutes remplacées au profit de ces saletés d’Airbnb. Alors, oui, le sujet n’est pas nouveau. Depuis les années 2010 déjà, de nombreuses grandes villes européennes, notamment en Espagne, se battent contre le surtourisme à grands coups de manifestations, tags et autres créations de collectifs. Mais aujourd’hui la coupe est pleine : la preuve, même Le Monde dédie, en ce début d’été, une série d’articles consacrée au sujet.

On y apprend ainsi que le Vieux Continent refuse désormais de rester passif face à ce flot incessant de visiteurs – pas toujours très respectueux au demeurant et ce ne sont pas les crétins qui plongent dans la fontaine de Trevi à Rome ou dégueulent à 17 heures après avoir fumé trois joints à Amsterdam qui pourront dire le contraire. Lisbonne, Barcelone, Florence, Venise, Athènes… Là on accueille les touristes à grands coups de pistolets à eau, ici on tague « Tourists go home » devant un immeuble transformé en locations saisonnières. Toute l’Europe est-elle de la partie ? Non, car un pays peuplé d’irréductibles râleurs-mais-pas-trop-finalement résiste encore et toujours à prendre des mesures phares. En début de semaine, la start-up française Ville de rêve a ainsi publié son « Touriscore », l’équivalent du Nutri-Score mais version overdose touristique. Les villes les plus touchées par cette vague humaine à Birkenstock ne surprendront personne : Paris, Nice, Marseille, Cannes, Avignon, Arras…

Et rien. Même pas l’ombre d’un pistolet à eau à l’horizon. Les Parisiens continuent de postuler pour des apparts qu’ils peuvent à peine louer tant les loyers sont faramineux et pour lesquels ils seront en concurrence avec quatre cents autres personnes alors que l’immeuble d’à côté est rempli d’Airbnb. Les Niçois continuent de subir les touristes à la peau rougie par le soleil sudiste et la montée des prix dans les restaurants en été. Et la liste continue, sans sursaut, avec une passivité déconcertante. Alors bien sûr, l’idée n’est pas d’interdire le tourisme en France, on sait bien que c’est important pour l’économie, le rayonnement à l’international, bla-bla-bla. Mais est-ce trop demander que de vouloir un logement à un prix décent ou de pouvoir visiter un musée sans se marcher sur les pieds dans sa propre ville ? Ce n’est pas et ce ne sera jamais aux locaux de s’effacer pour laisser des gens pétés de thunes et sans aucun problème de conscience à prendre l’avion quinze fois par an pour un week-end express dans une capitale à saloper leurs rues.

Read Entire Article