Dans cette salle circulaire de la cour d’assises du tribunal de Créteil, l’ambiance est calme. L’accusé, Salim Berrada, surnommé le « violeur de Tinder », se tient dans son box vitré. Seuls deux policiers, assis de part et d’autre de la petite cellule, le surveillent. Chemise gris foncé, lunettes rectangulaires, une barbe brune proprement taillée et des cheveux attachés en un chignon bas, Salim Berrada est recroquevillé sur lui-même. Il semble déjà attendre le verdict de la cour sur son sort. Rappelez-vous : en mars 2024, le tribunal de Paris l’avait condamné en première instance, à une peine de dix-huit ans de réclusion criminelle. Une décision qu’il avait alors immédiatement contestée en interjetant appel.
L’homme, d’origine marocaine, est accusé par dix-sept femmes de viols et/ou d’agressions sexuelles lors de séances photos, organisées dans son ancien studio parisien. Toutes les victimes qui ont porté plainte décrivent un même mode opératoire. La rencontre se fait d’abord en ligne, via Tinder, Facebook ou des sites de modèles en ligne. Il propose à des jeunes femmes, parfois mineures, de venir poser devant son objectif. Une soirée est alors organisée chez lui, il leur offre de l’alcool, avec une certaine insistance. Toutes racontent des sensations d’ébriété anormales et un sentiment d’avoir été droguées. Arrive alors la peur et une très grande insistance du photographe à avoir des relations sexuelles avec ses victimes, ce qu’il finit par obtenir.
Nouvelle tentative de demande de renvoi
En ce jour d’ouverture de son procès en appel, Salim Berrada sait qu’il lui faudra patienter encore trois semaines, durant lesquelles la cour entendra de nouveau les témoins et les experts, et les débats du parquet, des parties civiles et de la défense au sujet des faits de viols et/ou d’agressions sexuelles qui lui sont reprochés. Ses avocats ont pourtant tenté le tout pour le tout, en formulant à la cour, une fois de plus, une demande de renvoi du procès et l’ajout de pièces supplémentaires au dossier. Selon l’un des avocats de Salim Berrada, « le second dossier d’instruction dont fait l’objet notre client, qui n’est pas encore terminé, plane sur celui pour lequel nous sommes réunis aujourd’hui ». Ce second dossier relate lui aussi des faits de viols, commis ultérieurement, entre 2021 et 2023. L’accusé avait alors été remis en liberté une première fois mais, aurait récidivé auprès de nouvelles jeunes femmes selon la justice. Et d’après la défense, il faudrait tout simplement attendre avant de rejuger Salim Berrada.
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Une tactique habituelle pour gagner du temps, que la défense a l’habitude d’employer d’après les avocates des parties civiles : « Cette demande de renvoi, qui semble dilatoire, a déjà été formulée de nombreuses fois et, à chaque fois, elles ont été refusées. Aujourd’hui encore, elle semble répondre à la stratégie de la défense depuis le début de ce dossier. » Après la délibération, la décision de la Cour n’a, en effet, laissé la place à aucun doute : demande de renvoi rejetée. Les parties civiles et les victimes, « déjà usées par les neuf années de procédure » se sont dites « soulagées » de cette décision.
La défense réclame aussi une meilleure exploitation des supports numériques saisis après le placement en garde à vue de Salim Berrada. Selon elle, « notre client souhaitait vivement que l’on scrute avec attention l’ensemble des fichiers numériques comme les messages et les photographies, alors que Monsieur Berrada n’a jamais eu peur de ce qu’on allait trouver dans ses appareils. » Certains documents auraient ainsi été négligés et seraient absents du dossier, ce qui aurait mené, toujours selon les avocats du mis en cause, à un jugement incomplet. Des arguments balayés par les avocates de la partie civile, pour qui il ne s’agit là que de « faire croire que le dossier est bancal et qu’il manque des éléments alors qu’il y a eu des années d’enquête et que tout a été exploité et analysé, notamment le matériel informatique ».
« Tourner la page »
Plusieurs plaignantes sont assises à seulement quelques mètres de ce box vitré, dans lequel se trouve l’accusé. Les regards des victimes sont lourds, les yeux humides. À la lecture des faits, l’émotion est palpable. Salim Berrada, la tête et le corps fixés sur le président, hoche simplement « non » de la tête. La description des faits se répète et se ressemble, victime après victime. Pendant les trois semaines que va durer ce procès en appel, l’enjeu est clair pour les parties civiles : acter la confirmation de la peine prononcée en première instance contre Salim Berrada. L’autre enjeu, plus intime, est de permettre aux victimes de « tourner définitivement la page », presque une décennie après les faits, rappelle les avocates des parties civiles.
D’autant que ces dernières se voient reprochées d’être aussi nombreuses par la défense et l’accusé lui-même, qui, à la fin des plaidoiries, s’est exclamé : « Je devrais forcément être coupable parce qu’elles sont plusieurs ? » Pour les avocates des victimes, cet argument ne devrait même plus être utilisé par la défense aujourd’hui, surtout après des grands procès où le consentement était au cœur du dossier, comme avec l’affaire Mazan. « On nous parle du nombre de victimes mais ce n’est pas ça qui fait la crédibilité. C’est précisément ce qu’elles racontent, à dix-sept voix, qui révèle un modus operandi et un serial violeur », s’insurge l’une d’entre elles.
8 months ago
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