L’Australie va au charbon
C’est pas tous les jours qu’on va aussi loin. L’Océanie. L’espace y est si vaste qu’on va se contenter de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande. Petit rappel utile : on n’a pas trouvé de traces d’humains en Australie avant l’arrivée de peuples venus d’Asie, il y a 70 000 ans. À l’époque, le niveau de la mer était bien plus bas, et ces peuples-là n’ont eu probablement qu’à franchir 100 km de mer libre entre Sunda, pointe avancée de l’Asie, et Sahul, l’actuelle Australie.
Les Aborigènes de l’île-continent viennent de là. Les Blancs dont nous sommes sont des envahisseurs (très) récents : les Anglais – beaucoup veulent aujourd’hui foutre dehors les étrangers – ont fondé la première installation permanente à Sydney, en 1788. Un pénitencier. Les Aborigènes n’avaient pas l’ombre d’une chance. Quoi de neuf là-bas ? La merde. Un organisme créé par le gouvernement australien en 2021, mais qu’on présente généralement comme indépendant, l’Australian Climate Service (ACS), vient de publier un rapport embêtant pour tout le monde1.
« On assistera très probablement à des changements brusques. »
Il s’agit de la « première évaluation nationale des risques climatiques ». La première. Ça commence bien. Il serait insultant pour le lecteur de prétendre qu’on a lu les 284 pages. Très peu, même en Australie, l’ont fait. On s’appuie ici sur un compte rendu détaillé2 de la sérieuse ONG appelée Climate Council. Bon, pour qui suit de près les événements, il n’y a rien de fracassant. C’est seulement flippant.
Si la température moyenne augmente de 3 °C – on y va droit -, les inondations côtières seraient multipliées par 18. En différents points du pays, on passerait de 15 jours d’inondations par an à 272. Avis aux surfeurs bronzés, les bords de mer vont devenir infréquentables. Le reste n’est que litanie de désastres attendus, désormais certains. Plus intéressants sont les commentaires. Le premier : « Les changements climatiques en Australie ne se produiront pas de manière progressive ou douce. Passé les points de bascule climatiques et écologiques, on assistera très probablement à des changements brusques. » Le deuxième : « Il est probable que nous serons confrontés à davantage de risques cumulés, en cascade et simultanés. »
Le gouvernement va-t-il agir ? On a déjà la preuve de tout ce qui précède. Des mégafeux de brousse et de forêt ont ainsi dévasté 20 millions d’hectares entre juin 2019 et les premiers mois de 2020. On pense, mais on ne saura jamais vraiment, que 1 milliard d’animaux ont pu être tués : des oiseaux, des mammifères, des reptiles, des batraciens. Mais comment compter les insectes ?
Pour enfoncer le clou, deux rappels. Un, l’insondable crétin Tony Abbott. Premier ministre de droite en 2013, dont la toute première mesure est de supprimer la taxe carbone instituée par les travaillistes. Il efface ensuite le ministère des Sciences, l’Autorité du changement climatique et la Commission du climat. Les investissements dans les énergies renouvelables chutent de 70 % en 2014.
Deux, le drame des mégafeux a joué un grand rôle dans la victoire des travaillistes – d’une gauche évanescente -, en 2022, après neuf ans de complète domination du bloc conservateur. Malgré les discours, il y a peu de chances que cela bouge vraiment, car les dés sont pipés. En 2022, l’Australie détenait 11,8 % des réserves mondiales de charbon, et elle est le deuxième exportateur de la planète. En outre, le climatosceptique Robert Murdoch tient 70 % de la presse.
Dans ces conditions, faut-il encore s’étonner ? Dès 2023, les exportations de charbon vers la Chine reprenaient de plus belle, après trois années de conflit commercial. Un rapport gouvernemental – un de plus – prévoit une augmentation de 10 % des exportations dans les prochaines années. Quatre nouvelles mines ont ouvert, en bonne part grâce aux travaillistes : Ensham, Gregory Crinum, Isaac River, Star. Sans compter les extensions accordées à la mine de Narrabri, entre Sydney et Brisbane. Le groupe Whitehaven espère pouvoir l’exploiter jusqu’en… 2044. La consommation d’énergie par habitant était, en 2023, supérieure de 63 % à celle de la France.
1. www.acs.gov.au/pages/national-climate-risk-assessment (en anglais).
2. tinyurl.com/ypb3tba6 (en anglais).
La lie milliardaire de l’humanité
Il est bien moche d’éprouver des pulsions homicides, mais il faut se faire violence à propos des ultrariches de la planète. Nul ne sait quand l’affaire a commencé, mais le certain, c’est qu’elle s’amplifie. Les milliardaires, après avoir salopé tout ce qui pouvait l’être, cherchent un refuge pour préserver leur famille d’un effondrement qu’ils tiennent pour inévitable. Et la Nouvelle-Zélande semble à beaucoup le havre parfait, aux antipodes du monde.
En 2017, on apprenait l’histoire de Peter Thiel. Cofondateur de PayPal, il était parvenu en 2011, et nul ne sait comment, à obtenir la nationalité néo-zélandaise, puis à acheter des terres sur l’île1. Pour lui, et il le dit publiquement, la Nouvelle-Zélande s’appelle Utopia.
Le flot n’a pas cessé depuis, même si l’on ne connaît pas – des dizaines ? des centaines ? – le nombre de milliardaires ayant franchi le pas. En 2021 par exemple, c’est le cofondateur de Google, Larry Page, qui s’installait discrètement en Nouvelle-Zélande. Et depuis, le gouvernement libéral en place depuis 2023 a encore assoupli, via l’achat d’un visa spécial appelé Active Investor Plus Visa, les règles d’investissement pour les étrangers riches. Le Premier ministre, Christopher Luxon, n’a rien à leur refuser, qui a fait sa carrière dans la multinationale Unilever.
Pendant ce temps, mais ils s’en foutent, la biodiversité de l’île est menacée comme jamais. La faune y est traquée depuis des siècles par des prédateurs venus avec les envahisseurs blancs, comme les hermines, les rats, les opossums, les chats redevenus sauvages. Mais la menace climatique est bel et bien là. S’appuyant sur l’un des scénarios du Giec, une équipe scientifique place 31 % des espèces étudiées dans la catégorie « hautement vulnérable » d’ici à vingt-cinq ans. Et 65 % à la fin du siècle2. Parmi elles, des espèces dites « endémiques », c’est-à-dire présentes seulement sur l’île. Exemple frappant : la multiplication des sécheresses pourrait interdire aux kiwis d’attraper, dans un sol plus dur, les insectes dont ils se nourrissent.
1. tinyurl.com/9rhc4z69
2. tinyurl.com/jemp4wkf (en anglais).
7 months ago
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