Depuis la ville de Sdérot, ils ont marché vers Gaza jusqu’au point d’observation de Asaf Siboni, là où les Israéliens se divertissent en contemplant les ruines de la ville gazaouie de Beit Hanoun. Ce 31 juillet, la centaine d’activistes brandit des drapeaux israéliens, mais aussi des étendards orange, la couleur de Gush Katif, le bloc de colonies évacuées de Gaza en 2005. Le groupe, assurent-ils au micro, est prêt à entrer dans Gaza à l’instant où le feu vert serait donné. Le ministre des Communications Shlomo Karhi, membre du Likoud, le parti de Netanyahou, prend alors la parole : « Nous voulons toute la bande de Gaza. Nos soldats sont là-bas, ils conquièrent le territoire, et l’implantation juive est une nécessité. C’est la réalité. »
Que va-t-il advenir de Gaza à l’issue de la guerre ? Au mois de mars, la vidéo « Trump Gaza », a fait le tour de la planète. L’intelligence artificielle nous offrait une vision lunaire du président américain en train de siroter des cocktails sur une plage de l’enclave aux côtés d’Elon Musk — encore son compère à cette époque. Cinq mois plus tard, l’idée d’une Riviera gazaouie n’est plus seulement le rêve d’une poignée d’illuminés. Impensable il y a quelques années pour la plupart des Israéliens, le projet fait son chemin au sein de la société. Le 22 juillet, la ministre des Sciences et des Technologies israélienne, Gila Gamliel, également membre du Likoud, a posté une vidéo qui s’interroge sur le « Gaza de demain », évoquant la piste d’une émigration « volontaire » des Palestiniens. Dès le mois de mars, une agence spéciale baptisée Autorité d’émigration avait été créée par le ministère de la Défense. Le but était de trouver aux Palestiniens de Gaza un pays de destination. On évoque notamment l’Éthiopie, l’Indonésie ou la Libye. Un projet qui, s’il devait voir le jour, constituerait, selon le secrétaire général des Nations unies, une « forme de nettoyage ethnique ». Ce même 22 juillet, une réunion publique s’est tenue à la Knesset sur le thème : « La Riviera à Gaza : de la vision à la réalité ». Bezalel Smotrich a confirmé son attachement à l’idée : « C’est désormais à portée de main. Le projet est réaliste. Nous occuperons Gaza et en ferons une partie inséparable de l’État d’Israël. »
La terre promise
Parmi les participants à l’évènement, une certaine Daniella Weiss. Une vieille dame de 79 ans à la voix douce, devenue, ces derniers mois, la première activiste pro-colonisation du pays. Elle y a présenté un plan précis qui prévoit la création de deux villes à Gaza, avec la construction de logements pour 1,2 million de Juifs. Pas question, en revanche, d’envisager un littoral américanisé comme le rêvait Trump : auprès de La Croix, qui l’a rencontrée, elle évoquait « une Riviera juive à la lumière de l’histoire juive ». « Je considère Gaza comme une partie indissociable de notre Terre promise », ajoute-t-elle alors.
Fondatrice du mouvement d’extrême droite Nachala, la militante a longtemps été la mairesse de Kedumim, une colonie située près de Naplouse en Cisjordanie. Ses parents étaient membres du Lehi, un groupe sioniste paramilitaire et terroriste. Son engagement ne date pas d’hier. Elle milite pour le retour des Israéliens à Gaza depuis 2005, date à laquelle les colons ont été évacués par le Premier ministre Ariel Sharon. « Ce qui s’est passé le 7 octobre a changé l’histoire. […] À partir de maintenant, nous serons les patrons dans l’enclave », déclarait-elle en mars. Elle expliquait que le projet en était « à ses réunions finales » : « Quarante caravanes sont prêtes et 800 familles sont disposées à s’installer dans le nord dès qu’il sera nettoyé des Gazaouis, à la première occasion », affirmait-elle, reconnaissant s’être rendue dans la bande de Gaza à plusieurs reprises pour effectuer des repérages.
Un sondage publié par le quotidien de droite Israël Hayom affirme que 52 % des Israéliens seraient désormais favorables au rétablissement des implantations à Gaza. Jusqu’ici, les études estimaient que seulement un Israélien sur cinq était favorable à la recolonisation de l’enclave. Ainsi l’analyse l’historien Jean-Pierre Filiu dans les colonnes du Monde : « Les suprémacistes indispensables à la coalition gouvernementale ont toute latitude pour promouvoir leur propre vision d’une Gaza vidée de sa population au profit de colons à la fois revanchards et messianiques. » Pendant ce temps, deux universitaires israéliens ont nommé en mars Daniella Weiss pour le Prix Nobel de la paix, saluant « son engagement pour la stabilité régionale ».
7 months ago
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