La veste-doudou de Tondelier
On va pas le croire, mais il n’y a rien de personnel dans ce qui suit. Et l’on en aura la preuve en lisant les autres articles de cette page pénible. Bon, c’est un livre1 de Marine Tondelier, cheffe de ces Verts rebaptisés sans cesse, et qui s’appellent aujourd’hui, avec une belle audace, Les Écologistes.
Nul ne saurait ignorer, par ces temps de réseaux sociaux et de boucles radiotélévisées, qu’elle possède une veste verte. Plutôt, des vestes vertes, dont elle fait la collection, abritée sur un portant dans le local parisien des Verts. Dans le livre, cela donne ceci : « J’ai compris progressivement que ce bout de tissu coloré était en train de se transformer en autre chose […] La veste devenait un repère, un signal […] Qu’elle incarnait une écologie posée, ferme, non violente […] En fait, ma tenue était devenue un objet transitionnel, comme disent les psychanalystes. L’équivalent d’un doudou pour adulte de gauche angoissé. »
Un pastiche ? Une blague de potache ?
À lire aussi

Journées d'été des écolos : cinq verts de terre pour le même pot de fleurs

Est-il possible d’écrire des choses pareilles sans pouffer ? Apparemment, oui. Mais tout le livre est de la même eau rose bonbon, au point qu’on finit par douter. Un pastiche ? Une blague de potache ? Eh non. Marine Tondelier est sérieuse comme une papesse, bien qu’elle soit bourrée d’humour : « Je le manie souvent, presque inconsciemment, comme un réflexe. » Et ça marche : « Encore récemment, un homme m’a arrêtée dans la rue pour me raconter qu’avec sa femme, quand ils avaient un coup de mou et l’envie de rire, ils revoyaient en boucle la vidéo de la soirée électorale […] où je réponds à Jean-Philippe Tanguy. »
Or donc, elle est hilarante. Mais à part cela ? Disons sans hausser le ton que quantité de pages pataugent dans l’obscénité. Elle se met en scène, se regarde dans la glace, s’admire de s’y trouver aussi parfaite. Elle aime les terrils du Nord – elle est élue d’Hénin-Beaumont -, elle aime les frites, elle est de gauche depuis le CP, elle est courageuse – très -, elle aime le foot, elle fait confiance aux enfants, elle adore les reprises musicales.
C’est fou ce qu’elle aime. Il n’y a pas de doute pour elle : l’amour sauvera le monde. Car « aimer est un acte révolutionnaire et une revendication politique majeure ». Ce Macron, désigné par certains ploucs comme un « Mozart de la finance » ? Il y a mieux, tout de même : « À quand le ou la Mozart de l’empathie ? » Il n’est pas interdit de penser qu’elle se verrait bien dans le rôle.
Elle n’oublie pas en route qu’elle pourfend les inégalités, défend les « racisés », pense aux LGBT, combat l’« islamophobie ». Et la nature, au fait ? Sur une page et demie – après avis éditorial ? -, elle déploie quelques phrases qui sentent la fabrication. Partant en vacances en Savoie avec ses parents – lui médecin, elle dentiste -, elle trouve après quelques autres que la montagne est belle : « C’est là que j’ai appris, année après année […] à m’émerveiller devant la nature et à ne pas être insensible à sa fragilité. » Waouh.
Rien n’est si grave, car « la bonne nouvelle, c’est que des solutions existent. Et elles reposent sur une idée extrêmement simple : reprendre le contrôle sur ce dont dépend notre subsistance ». Fallait y penser. Bien sûr, dans ces conditions, il n’y a place ni pour le climat et les migrations historiques qui ont déjà commencé, ni pour l’eau, la mer, les oiseaux, les insectes, le Sud et ses milliards de gueux.
On en oublierait presque que Tondelier est une (déjà) vieille apparatchik, arrivée en 2009 dans le mouvement, propulsée dès 2013 au bureau exécutif – la direction -, après son entrée au conseil fédéral – le parlement – en 2011. À l’époque où régnait sous ses yeux le couple Duflot-Placé, appelé, on se demande pourquoi, les Thénardier. Ou la Firme. Comment la féministe Tondelier aurait-elle pu ignorer les constants comportements sexistes, magouilleurs et clientélistes de Placé ?
À ce stade restent deux hypothèses. La première : elle est la victime d’une terrible dissociation. La seconde : elle est d’une hypocrisie qui force l’admiration. Ah oui, elle est candidate à l’élection présidentielle.
1. Demain, si tout va bien…, de Marine Tondelier (éd. Albin Michel, 16,90 euros).
Cécile Duflot, le grand retour par la fenêtre
Comme Tondelier, son clone (voir l’article principal), Cécile Duflot écrit des livres. Dans le microscopique Gagnons ! de quelques dizaines de pages1, elle trace les contours d’un(e) éventuel(le) candidat(e) à l’élection présidentielle. Elle, à n’en pas douter. Il s’agit d’une (petite) opération du politiste Denis Pingaud, habitué du genre. Pingaud recycle, noble tâche. Il a mis au point un « concept », celui de social-écologie, supposé être une martingale électorale. En oubliant que ce n’est qu’une pauvre resucée de l’écosocialisme, en vogue dans les années 1980.
Mais que cherche Duflot ? En 2001, elle adhère aux Verts. En deux coups de cuillère à pot, elle en devient la cheffe, et va régner pendant dix ans sur le parti avec son compère-complice Jean-Vincent Placé. En 2012, elle devient ministre du Logement et lance alors des mots d’amour à gros pépère Hollande, qui n’en foutra pas une rame. Dans un livre de la même époque, elle exulte : « Je pèse mes mots : ce discours du président de la République est historique et infiniment émouvant à entendre pour une écologiste. »
Apparatchik, elle ? Calomnie. Tout comme Tondelier, elle est tellement gentille, face à tant de vilains et de méchants. Extrait du même livre : « Le plus ironique, c’est que pendant les dix ans à la direction de mon parti, je n’ai jamais eu de plan de carrière ni d’ambition cachée. » Pas un mot sur Placé, ses blagues sexistes, son comportement avec les femmes, dont son assistante. Elle aura oublié son propos au député socialo Bruno Le Roux, en 2006 : « T’as vu qui est secrétaire nationale ? Ma meuf ! C’est moi le patron maintenant 2. » Elle aura oublié le projet de Placé de créer avec le socialo Huchon un club « Alcool, femmes et politique ».
À la fin de Hollande, en 2017, elle abandonne un parti en perdition, et prend la tête en France de l’ONG Oxfam l’année suivante. Mais que veut-elle donc ? Au journal Le Monde, ces dernières semaines : « Je n’ai que 50 ans et je me retrouve déjà sur l’étagère des vieilles gloires. Ce n’est pas très sympa. » Du grand art.
1. Éd. Les Petits Matins (5 euros).
2. tinyurl.com/23s4uhhd

1 week ago
36



