Anniversaire oblige, les deux Corées répètent leur traditionnel ballet diplomatique. Ce samedi 15 août, la dictature, au nord, et la démocratie, au sud, célébraient le 81e anniversaire de la libération de la péninsule de la domination japonaise. Chacun réaffirmant sa puissance à sa manière. Pyongyang en faisant joujou avec ses équipements militaires, envoyant à l’eau des missiles balistiques. Séoul en préparant, avec son soutien de toujours les États-Unis, « un exercice militaire » de défense. Une machinerie annuelle bien huilée depuis 1953. Mais cette année un grain de sable a grippé la machine. Ce dimanche, Donald Trump a unilatéralement décidé de lâcher son partenaire du Sud, critiquant une coopération militaire vieille de plusieurs décennies. Dans la foulée, Washington et Séoul ont annoncé écourter l’opération conjointe. Outre-Atlantique, le chef d’État américain pense ainsi calmer la dictature nord-coréenne et pourquoi pas mettre fin à une guerre qui dure depuis 70 ans entre les deux Corées. Avec toujours la même méthode : cajoler le dictateur et menacer son propre allié.
La déclaration de Donald Trump a surpris tout le monde. « D’après ma très bonne relation avec Kim Jong-Un, de Corée du Nord, je ne suis pas satisfait du fait que les États-Unis ont, il y a longtemps, accepté de participer à des exercices militaires conjoints avec la Corée du Sud », a-t-il lâché sur son réseau Truth social. Lui souhaite en réalité « réduire substantiellement » l’opération perçue depuis toujours par le régime de Kim Jong-Un comme la préparation d’une invasion sur son sol. Les exercices organisés depuis 1976 sous le nom de « Ulchi Freedom Shield » en Corée du Sud et qui sont essentiellement préventifs seront donc raccourcis, passant de dix à cinq jours. Avec comme excuse « le coût » de la manoeuvre. « C’est son côté homme d’affaires », s’amuse auprès de Charlie Jean-Yves Colin membre du Comité d’orientation pour le think tank Asia centre. Mais ce serait oublier que depuis son premier mandat, le chef d’État Américain voit dans le dictateur nord-coréen un ami très cher.
Trump, l’entremetteur de Pyongyang
« Rocket man ». C’est comme ça que Donald Trump surnomme affectueusement depuis 2017 son homologue en Corée du Nord. Depuis la Maison blanche, le républicain s’est en effet épris du dictateur. Un homme « très talentueux » selon ses dires. Bien sûr, c’est un dictateur qui possède l’arme nucléaire. Mais Trump reste convaincu qu’une bonne conversation d’homme à homme, appuyé par deux trois arguments plébiscitant l’économie de marché suffira à séduire son cher ami et lui faire abandonner ses projets d’ogives nucléaires. Pour cela, il rencontre donc son homologue trois fois entre 2018 et 2019. Leur dernière entrevue s’est même achevée par une balade, suivie d’une poignée de main, tout sourire, sur la ligne de démarcation entre les deux Corées. Les deux sont « tombés amoureux » plaisante le chef d’État américain. Une idylle aux allures adolescentes, faite de lettres rédigées à la main qu’ils s’envoient en cachette. Mais dans les faits ces échanges intimes ne débouchent sur rien de diplomatiquement tangible. « La première fois qu’ils se rencontrent, ils signent une déclaration bateau évoquant des perspectives de paix, commence Jean-Yves Colin. Mais par la suite, plus rien. »
Si les gesticulations diplomatiques de Donald Trump étaient censées mettre fin à la guerre entre les deux Corées, le rapprochement spectaculaire avec Pyongyang n’aura finalement eu aucun effet. Mais il en faut plus pour vexer le magnat New-yorkais et entamer l’amour naissant entre les deux dirigeants. Le locataire de la Maison-Blanche change de stratégie. Pour flatter son nouvel ami il s’adonne alors à une activité devenue chez lui un véritable hobby : menacer ses alliés. Ici la Corée du Sud. Ces derniers jours, les exercices militaires conjointement organisés avec les quelque 28 000 soldats américains sur place ont, on l’a dit, été écourtés. Ces derniers représentaient « un signal totalement inapproprié et hostile », selon Trump, envoyé à son ami aux inspirations staliniennes. En réalité, Donald Trump souhaite surtout qu’on lui graisse la patte un peu plus.
« Depuis 2024, et notamment via l’augmentation de droits de douane, il souhaite obtenir de la part des industriels coréens des investissements massifs aux États-Unis afin de redonner de l’emploi à des régions industrielles en déclin sur son sol », souligne Jean-Yves Colin. Et le chantage du grand frère Américain produit ses effets. En 2025, Séoul annonçait investir pas moins de 350 milliards de dollars sur le sol étasunien, en échange de quoi Oncle Sam s’engageait à réduire de 25 % à 15 % les droits de douane sur les importations sud-coréennes. Comme en Ukraine, Donald Trump facture très cher son bouclier militaire pour protéger ses alliés des autocrates aux velléités expansionnistes. Pour Trump, interrogé dans le Bureau ovale au lendemain de l’annonce de sa décision de réduire des exercices militaires avec la Corée du Sud, cette tendance à pardonner aux dictateurs et à fragiliser ses propres alliés rendrait en fin de compte la situation « plus sûre ». Une conception de la sécurité qui, paradoxalement, semble commencer par affaiblir ceux qu’elle prétend protéger.
La paix attendra, les retrouvailles d’abord
Penser pouvoir amadouer Kim Jong-Un, c’est méconnaître les ressorts mêmes de la dictature nord-coréenne – et d’une dictature tout court. « Le régime de Pyongyang voit bien ce qui s’est passé en Libye, en Irak ou, même aujourd’hui, en Iran. Il sait qu’abandonner l’arme nucléaire revient à se marginaliser complètement sur la scène internationale », rappelle Jean-Yves Colin. La Corée du Nord engrange donc les victoires diplomatiques, glanées sans rien promettre et gagne du temps en flattant l’ego du président étasunien. Pendant qu’au même moment, l’administration de la dictature poursuit la modernisation de son arsenal et envoie ses soldats s’aguerrir aux côtés des forces russes engagées en Ukraine.
Mais si, en réalité, on se trompait sur toute la ligne ? Ce mardi 18 août, le Wall Street Journal révélait une information qui permet d’observer cette crise diplomatique d’un nouvel oeil. Selon le média américain, dans les couloirs feutrés de la Maison blanche, Donald Trump ferait pression sur ses équipes. Avec un but clair : obtenir un nouveau rendez-vous avec le dictateur nord coréen. Si possible dès l’automne. On pensait benoîtement que le président américain voulait en terminer avec la guerre, dénucléariser un régime autocratique ou simplement faire chanter ses partenaires commerciaux. Pas du tout. Perdu dans ses conflits menés à l’autre bout du monde, Donald Trump veut s’offrir un moment de répit. Une victoire diplomatique après avoir lamentablement échoué à démanteler le régime Iranien et son raffinement d’Uranium. Fatigué, las, le président orange est nostalgique de sa relation épistolaire avec « Rocket Man ». Et à quelques mois de la fin de son mandat, le républicain use à nouveau de sa stature. Avec l’infime espoir de pouvoir revoir Kim Jong-Un et profiter d’une dernière virée entre vieux copains.
1 month ago
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