Nous n’avons pas eu, à ce stade, de dissolution de l’Assemblée nationale, et pas davantage de démission du président de la République. La France échappe donc, pour l’instant, au grand basculement qui verrait le Rassemblement national devenir majoritaire dans la chambre basse et son chef arriver à Matignon ou à l’Élysée. Un replâtrage – encore un, sans doute pas le dernier avant l’échéance de la présidentielle – a permis aux « modérés », ces éternels grands mous, de garder leurs places. Leur devise est l’adage d’Henri Queuille, expert en matière de longévité gouvernementale sous la IVe, selon lequel « il n’est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout ».
Pitoyable spectacle
Les modérés, peut-être à cause de leur constance dans le manque de courage, ont la spécialité de fabriquer des cocus. La gauche d’abord, qui a cru que son heure était arrivée. Retailleau et ses amis, contraints de méditer la phrase du cardinal de Retz : « On ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens. » Peut-on ajouter à la liste le RN, qui escomptait des législatives et même une présidentielle anticipées, et une victoire cette fois à portée de main ? Dans l’immédiat, il n’est pas gagnant. À terme, c’est une autre histoire.
Avant 1940, en Belgique, le journaliste rexiste Pierre Daye décrivait son parti, celui de Degrelle pas encore nazifié, de « parti des passions ». Rex avait d’ailleurs un symbole sur ses affiches : le balai, une manière de dire « dégagez-les tous ! ». Nous en sommes à peu près là. Que le FN-RN capitalise sur les passions depuis sa création, c’est une évidence. Celle de l’ordre, d’un peuple que ne traverserait aucun clivage de classe, d’origine ou de condition, celle de la revanche sur les défaites passées du camp nationaliste. C’est assez pour fidéliser un socle électoral, mais trop peu pour franchir la marche suprême.
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Reste que le pitoyable spectacle donné ces dernières semaines par un bloc central à bout de souffle, par un gouvernement Lecornu fait de recyclages de produits douteux et de reconductions de morts-vivants, est à même de conduire nombre de citoyens à penser, comme Marine Le Pen l’a dit le 8 octobre : « Là, maintenant, stop. La plaisanterie a assez duré. » Et, en conséquence, à vouloir passer un bon coup de balai, voire de Kärcher, sur l’ensemble de la classe politique, sauf le RN et les ciottistes. Pas toujours par soutien à leur idéologie, mais par déception, indignation, exaspération. Parce que, comme le dit l’adage populaire, « il faut que ça pète » et si le RN ne vaut pas mieux que les autres, « on s’en débarrassera la prochaine fois ».
Le RN piaffe
Ajoutons à tout cela la rupture consommée du « front républicain », non seulement écarté par les caciques de la droite, mais dont 53 % des Français ne croient plus à la pertinence – alors qu’ils sont 58 % à soutenir la formation d’un front anti-LFI… Le récent appel de Marine Le Pen et Jordan Bardella à la constitution d’une majorité post-dissolution, avec l’appoint d’élus de droite non RN, s’il ne trouve pas d’écho, du moins pas ouvertement, aujourd’hui, peut trouver du répondant si le délitement du centre droit macronisé se poursuit, ce qui est une quasi-certitude.
Vue de l’étranger, la situation française est considérée par nombre d’analystes sérieux comme semblable à un fruit blet que les nationaux-populistes n’ont plus qu’à ramasser. On dirait que, dans les hautes sphères, on nourrit encore des illusions. Ou qu’on n’en a plus, mais qu’on le cache, ce qui est pire.
6 months ago
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