Qu’est-ce qu’un parti de gauche ? Vous aurez peut-être cette image en tête : un 1er Mai ensoleillé, des cohortes de manifestants, une marée de drapeaux CGT, le de La France insoumise, une enceinte usée qui diffuse L’Internationale. Côté valeurs : les pancartes défendent le travail et la justice sociale, l’école publique, le monde ouvrier, le mariage pour tous, l’antiracisme… Une image d’Épinal, certes, qu’on trouvera dans la plupart des livres d’histoire. Mais correspond-elle encore à la réalité ? En ce qui concerne La France insoumise dans le Nord, plus vraiment, selon le conseiller régional Cédric Brun.
Élu de Valenciennes, ce militant CGT habitué des ronds-points vient de claquer la porte du parti sans retour en arrière possible. S’il est parti, c’est qu’il lui était devenu trop difficile de défendre les décisions stratégiques – clientélistes – assumées par Jean-Luc Mélenchon et son équipe dans le Nord et le Pas-de-Calais. « Quand je vois arriver chez LFI des profils qui ont manifesté contre le mariage pour tous, qui tiennent des propos antisémites ou qui font des quenelles, je me pose des questions », explique-t-il dans un entretien accordé à Charlie Hebdo.
La ligne a changé, et c’est le patron lui-même qui le dit : « Jean-Luc Mélenchon nous a expliqué que, dans le Nord et le Pas-de-Calais, on ne pouvait plus rien faire pour les ouvriers et les classes populaires qui votaient à l’extrême droite. Il nous a dit de nous orienter sur les votes des quartiers. » Difficile d’être plus clair. La fracture est consommée au lendemain du pogrom du Hamas contre les civils israéliens, le 7 Octobre : « Juste après, les revendications communautaires sont arrivées en masse. » Et avec elles, un cheval de bataille tout désigné : la défense coûte que coûte du lycée privé musulman Averroès, « devenue la grande lutte, le grand étendard de LFI dans le Nord ». Une hérésie pour Cédric Brun, défenseur de l’école publique.
Que restera-t-il de LFI ?
Mais c’est surtout l’arrivée de « personnalités proches des Frères musulmans » et l’envergure prise, au sein de la branche de LFI à Denain, dans la banlieue de Valenciennes, par Soufiane Iquioussen, fils de l’imam expulsé Hassan Iquioussen, qui ont poussé l’élu vers la sortie. Souvenez-vous : c’est ce prédicateur aux dizaines de milliers d’abonnés, expulsé pour ses propos antisémites, misogynes et ses charges contre la laïcité.
Ultraconservateur, très suivi par la jeunesse musulmane, Iquioussen incarne cet islamisme « cool » en prônant une vision intégraliste de la religion : l’islam doit tout réglementer dans la vie du croyant. À l’époque, La France insoumise s’allie à toute une tripotée de groupes indigénistes pour protester contre une décision jugée « raciste ». Désormais, c’est son fils Soufiane qui a les faveurs de LFI – il pourrait porter la liste municipale du parti pour l’élection de Denain.
Ce que Mélenchon est en train d’achever à LFI, ce n’est finalement rien de plus que la réplique en miroir du naufrage Terra Nova qui a coulé le Parti socialiste. À l’époque, le think tank tire les mêmes conclusions que Mélenchon : à quoi bon défendre les ouvriers ? Ils sont acquis au Rassemblement national. Pour prendre l’Élysée, il faut plutôt miser sur les nouvelles mannes électorales.
Le PS pariait sur les jeunes citadins branchouilles, gentiment de gauche, profondément libéraux. Mélenchon, lui, drague avec ses gros sabots les musulmans conservateurs. Et de la même façon que la stratégie Terra Nova a pourri le PS en le dispensant de mener une politique de gauche, La France insoumise se retrouve à défendre les idées réactionnaires que ne renierait pas la frange la plus rance du RN. En tentant d’élargir sa base, Mélenchon est en train de modifier profondément l’identité de son camp politique. Quand il aura achevé la transformation de son parti, que restera-t-il de La France insoumise ? Et des valeurs de gauche ?
7 months ago
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