Devoir de vacances

7 months ago 63

Pour vous distraire sur la plage cet été, nous vous proposons un jeu : comment créer un nouveau pays en quatre semaines ? Le pays en question, c’est la Palestine. Quelles sont les épreuves que vous devrez surmonter pour atteindre cet objectif ?

Faire naître un état dans un coin de la planète déchiré par soixante-dix-sept ans de guerre sera aussi difficile à mettre en œuvre que la paix entre les Serbes, les Bosniaques et les Croates, et que la transition vers la démocratie des pays de l’ancien bloc de l’Est. Un tel bouleversement ouvrira une période de mutation dangereuse, où le moindre faux pas pourrait de nouveau enflammer la région. Cette transformation ne pourra se faire que par étapes, avec un calendrier étalé sur dix ou vingt ans. Ceux qui pensent que le nouvel État palestinien pourra être créé en quinze jours et que tous les problèmes seront réglés en trois semaines ont déjà tout faux à l’exercice.

Un, deux, trois, quatre… Trop de problèmes

Premier problème : la sécurité des deux peuples. La fin des combats impliquera obligatoirement la présence sur place d’une force d’interposition pendant au moins dix ans, comme ce fut le cas pour l’ex-Yougoslavie. Mais Israël permettra-t-il la présence de troupes étrangères sur ce territoire ?

Deuxième problème, découlant du premier : la souveraineté de ce nouveau pays. La Palestine aura donc sa propre monnaie mais aussi sa propre armée. Aura-t-elle le droit d’acheter des armes pour l’équiper sans qu’Israël s’en inquiète ? Hier, les armes entraient clandestinement à Gaza par des tunnels et par la frontière égyptienne. Israël acceptera-t-il de voir son nouveau voisin se procurer légalement des missiles et des tanks made in China ?

Troisième problème : l’économie. Les Palestiniens qui franchissent la frontière tous les jours pour aller travailler en Israël auront-ils toujours le droit de le faire ? Ou, au contraire, Israël leur dira-t-il d’aller se faire voir ? Vous avez voulu être indépendants, alors démerdez-vous pour trouver du boulot sans nous ! Dans ce cas, les entreprises israéliennes qui les emploient devront, du jour au lendemain, les remplacer. Mais par qui ? De toute façon, les Palestiniens seront confrontés à un chantier crucial : comment développer leur économie et attirer les entreprises étrangères sur leur territoire en leur donnant l’assurance que la guerre ne reprendra pas ?

Quatrième problème : quel régime politique adoptera la nouvelle Palestine ? Un régime parlementaire avec des élections à la proportionnelle ? Un régime présidentialiste à la française ou présidentiel à l’américaine ? Or, depuis vingt ans, il n’y a pas eu d’élections en Palestine de peur de voir le Hamas les remporter et faire main basse sur toute la Cisjordanie. On se souvient qu’après le départ des Israéliens de Gaza, en 2005, une guerre civile avait éclaté entre le Hamas et le Fatah pour prendre le contrôle de la zone, et qu’elle s’était soldée par une victoire des islamistes. La même chose se reproduira-t-elle à l’échelle de toute la Cisjordanie ? En 2011, le printemps arabe avait suscité l’espoir de voir les pays concernés accéder à la démocratie. Sans succès. La nouvelle Palestine réussira-t-elle cette transition démocratique qu’aucun des pays du printemps arabe n’a réussie ?

Cinquième problème : les colonies et leurs 700 000 colons. Israël acceptera-t-il de les restituer à la Palestine ? Si ce n’est la totalité, au moins une bonne partie. Les accords de Camp David, en 1978, avaient prévu la rétrocession du Sinaï à l’Égypte. On peut imaginer la même chose avec les colonies. Mais cela ne sera possible qu’avec un calendrier de restitution étalé sur vingt ou trente ans, afin de contrôler l’opposition des colons. Vouloir supprimer toutes ces colonies en un mois, c’est la guerre civile assurée en Israël et la reprise des violences avec les Palestiniens.

Et il reste encore des problèmes

Sans oublier le désarmement d’organisations terroristes comme le Hamas, qui feront tout pour que le conflit reprenne. La création de la Palestine sera revendiquée par le Hamas comme la preuve que l’attaque du 7 octobre 2023 était légitime. Et il réclamera un rôle politique important dans la direction du nouvel état.

Répondre à toutes ces questions – et à bien d’autres encore -, cela s’appelle élaborer un plan de paix. En temps normal, il faut des années pour en rédiger un et le faire adopter par les intéressés. Les chancelleries européennes ont-elles seulement rédigé un début de commencement d’un plan de cette nature ? À ce jour, on n’en a jamais entendu parler.

Voilà, c’était votre devoir de vacances de l’été. Ramassage des copies en septembre pour confier votre plan de paix au président Macron, avant son discours à la tribune de l’ONU sur la reconnaissance de la Palestine.

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