Le bombardement des installations nucléaires iraniennes par l’aviation américaine, dans la nuit du 21 au 22 juin, pose la question de savoir jusqu’où on peut compter sur la diplomatie pour résoudre des conflits. Ces derniers jours ont vu défiler sur les plateaux de télévision des diplomates à la mine grave, inquiets de voir leur domaine de compétence céder du terrain aux militaires. Depuis quarante-six ans, la diplomatie mondiale a déployé tous ses talents pour mettre fin au programme nucléaire iranien, dont personne ne doute aujourd’hui qu’il constitue une menace pour n’importe quel pays qui s’opposerait à l’Iran. Le 12 juin, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a voté une résolution affirmant que l’Iran ne respectait aucune de ses obligations dans le domaine de la non-prolifération nucléaire, et avouait ainsi les limites de son action. Cette situation met la diplomatie des démocraties face à des pays dont l’idéologie publiquement assumée est de détruire les régimes démocratiques.
Pour certains, il est de bon ton de comparer les responsables israéliens actuels aux nazis, alors qu’ils ne l’ont jamais fait avec le régime de Téhéran, dont l’idéologie est aussi fanatique et déterminée que celle des dirigeants du IIIe Reich. La menace que fait peser le régime iranien n’a rien à voir avec celle que représentaient l’Irak ou l’Afghanistan, que les États-Unis et leurs alliés ont imprudemment attaqués et envahis dans le passé. L’AIEA avait toujours affirmé que l’Irak ne possédait aucune arme de destruction massive, contrairement à ce que prétendaient Bush fils et son administration de va-t-en-guerre cyniques et abrutis. Le programme nucléaire iranien n’est pas une fake news inventée pour justifier une opération militaire illégitime. Dans pareille situation, la solution diplomatique se trouve marginalisée, pour ne pas dire ridiculisée. On ne peut s’empêcher de penser à ce pauvre Chamberlain, de retour d’Allemagne, brandissant à la sortie de son avion le papier signé par Hitler, qui s’engageait à respecter les accords de Munich. On connaît la suite. On peut comprendre qu’une opération armée mette à mal la diplomatie et blesse son orgueil. Mais cela ne signifie pas que les diplomates ne joueront plus aucun rôle – au contraire, même en temps de guerre, ils ne cessent d’agir en coulisses.
Les limites de la satire
Si les missiles américains ont peut-être détruit des installations militaires nucléaires iraniennes, ils n’ont pas réussi à faire tomber le régime des mollahs. Car au bout du compte, c’est la seule chose qui compte. Pour y parvenir, les États-Unis n’enverront pas de troupes au sol en Iran, pas plus qu’Israël, qui n’en a pas les moyens. On se tourne alors vers le peuple iranien, qui risque sa vie quotidiennement en s’opposant au pouvoir en place. Réussira-t-il seul à déboulonner cette clique de fanatiques fascistes ? Ou faudra-t-il pour cela lui apporter une aide extérieure ? Et, dans ce cas, de quelle manière ? Les bombes qui tombent sur les sites nucléaires militaires iraniens ne suffiront pas. Aucune offensive aérienne n’a jamais, à elle seule, réussi à renverser un régime. Quand cet épisode belliqueux cédera la place à la diplomatie, tout ce petit monde retournera à la case départ : comment débarrasser l’Iran et la planète de cette mafia de mollahs illuminés ? Et surtout, est-il possible d’y parvenir sans verser une goutte de sang ni larguer une seule bombe, tout en se conformant au droit international ? Si vous savez comment le faire, envoyez vos propositions au journal, qui fera suivre les meilleures à l’ONU.
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Depuis des années, Charlie Hebdo ne s’est jamais privé de caricaturer les mollahs et leur régime odieux, et continuera de le faire. Mais comme la diplomatie, la satire a ses limites. On ne se débarrasse pas d’un régime dictatorial avec des caricatures et des accords signés sur des bouts de papier que l’Iran ne respectera jamais. Tout le monde en a ras le bol de ce régime abject et dément. Parce qu’on ne veut plus supporter des fatwas émises par les chefs religieux débiles de ce pays contre des écrivains, des journalistes ou des intellectuels. Parce qu’on aimerait qu’un jour il n’y ait plus rien à caricaturer en Iran.
1 year ago
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