Émeutes racistes en Irlande du Nord : l’extrême droite rêve de sa guerre civile

1 month ago 82

L’Irlande du Nord s’embrase encore et c’est toujours l’immigration extra-européenne qui provoque les émeutes dont même les médias français ont parlé. À l’origine des troubles, un acte d’une violence peu commune : la terrible agression d’un quadragénaire de Belfast par un migrant soudanais, en pleine rue et à la tombée de la nuit, le 8 juin. Sans l’intervention rapide d’un homme qui s’est rué sur l’assaillant à coups d’une sorte de crosse, utilisée dans le sport gaélique du hurling, la victime serait morte. Elle est actuellement dans un état grave mais stable et a perdu un oeil. La vidéo des faits, assez insoutenable, incite à les qualifier autrement que comme une simple « attaque au couteau » comme on l’a lue tant en Grande-Bretagne qu’en France : le nombre de coups portés au couteau de cuisine, tant au visage (lacéré), que dans le cou et le dos, justifie-t-il le terme de « tentative de décapitation » ? Politiquement, en tout cas, il a été utilisé par le parti populiste de Nigel Farage, Reform UK, par le député du parti Restore Britain, une scission radicale de Reform et, avec des guillemets, par le quotidien conservateur The Telegraph comme par le tabloïd Daily Mail. D’où un énorme impact à la fois en Irlande du Nord et dans le reste de la Grande-Bretagne, désormais abonnés aux manifestations contre l’immigration qui dégénèrent.

Le parcours de l’assaillant a de quoi poser des questions, même à ceux qui ne descendent pas tout casser. Il a en effet voyagé du Soudan jusqu’à Paris, puis de Paris à Dublin, avant de profiter de la Common Travel Area, cette zone de libre circulation entre les deux Irlande et le reste de la Grande-Bretagne. C’était en février 2023. Demandeur d’asile, Hadi Alodid a immédiatement obtenu un permis de résidence de cinq ans, soit jusqu’en 2028, par une procédure accélérée consistant à remplir un questionnaire, sans l’habituel entretien en face-à-face. Il ne semble pas avoir été suivi par la police, qui s’est d’ailleurs emmêlé les pinceaux sur sa nationalité, annoncée d’abord comme somalienne. Et son acte ne semble pas inspiré par l’islam radical : pour l’instant, les motifs restent flous mais cette piste semble écartée.

Plusieurs nuits d’émeutes urbaines

Quoi qu’il en soit, l’agression a été suivie immédiatement par des appels à manifester diffusés sur les réseaux sociaux. Un compte anonyme invitait ainsi à protester dès 19 heures le 9 juin pour « être ensemble, se faire entendre, créer du changement » et « de manière pacifique », et ce dans 70 villes. Elon Musk lui-même a publié des posts incendiaires appelant à « vous défendre, sans quoi ils vous tueront ». « Ils », ce sont les migrants non-européens, souvent appelés « envahisseurs », dont les commerces et habitations ont été pris pour cible, en particulier à Belfast, par des groupes de personnes intégralement masquées qui se sont aussi affrontées avec la police. Ne nous trompons pas : nos médias ont évoqué des manifestations massives, mais le noyau dur des émeutes ne dépassait guère 250 personnes. Sans doute pas mal d’activistes d’extrême droite, des hooligans, le public habituel de l’influenceur identitaire Tommy Robinson en sorte, mais aussi des individus en colère et incontrôlables car chauffés par X et Telegram. 250 activistes, c’est suffisant pour soutenir plusieurs nuits d’émeutes urbaines.

Du côté de l’extrême droite qui même depuis la France, suit les événements de près, ces émeutes sont vues comme une opportunité historique d’obtenir une réconciliation entre catholiques et protestants unionistes que la guerre civile a vu s’opposer. Contre l’ennemi commun, l’étranger non-européen. Pour l’instant, ce voeu ne fonctionne pas. Ce sont surtout les loyalistes protestants qui se mobilisent, bien que l’attaque au couteau ait eu lieu dans une zone à prédominance catholique et que le héros ayant sauvé la victime, nommé Maitiu Mag Tighearnan, soit à coup sûr « papiste », catholique donc, vu son nom gaélique. Derrière leur colère se cachent aussi des problèmes sociaux : Belfast-Nord, où les faits ont eu lieu, est une partie de la ville touchée par la pauvreté et où les unionistes protestants sont devenus minoritaires face aux catholiques. La circonscription est désormais entre les mains du Sinn Fein, partisan de la réunification des deux Irlande. Le gouvernement de Keir Starmer, pour sa part, sort encore plus affaibli de cette affaire et Reform, avec son agenda anti-immigration, tirera les marrons du feu.

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