Vous avez forcément entendu parler d’Amma, vous savez, cette Indienne qui parcourt la planète pour prendre des foules dans ses bras. À chacune de ses apparitions, des milliers de gens font la queue pour se faire enlacer par cette femme, hindoue à la base, mais qui prétend n’avoir pour seule religion que l’amour. À l’heure qu’il est, elle aurait déjà embrassé plus de 40 millions de personnes dans quasiment tous les pays du monde. Et la plupart des témoignages sont dithyrambiques. Tel celui de l’acteur Jean Dujardin, sur Europe 1, pour qui « Amma, c’est un dieu vivant en Inde, une femme qui fait du bien, qui vous regarde dans les yeux et qui vous aime »…
Gros câlins d’Amritapuri
Pourquoi serait-il plus envoûtant de se faire câliner par Amma plutôt que par la boulangère du coin ? Comment quelque chose d’aussi niais peut-il séduire autant de gens ? Quand on est tant soit peu rationnel, c’est un phénomène difficile à comprendre. Raison de plus pour y mettre le nez.
Je profite de mon récent reportage en Inde (voir Charlie n° 1732) pour me rendre dans l’ashram d’Amma, Amritapuri. Il se trouve dans le sud du pays, dans l’État du Kerala. Bel endroit, au coeur d’une forêt de palmiers. À l’accueil, il faut montrer patte blanche. D’abord, avoir réservé sur Internet. Et forcément pour plusieurs jours. Car de même qu’il y en a qui ne couchent pas le premier soir, Amma n’embrasse qu’après le deuxième.

À l’arrivée, confier son passeport pour la durée du séjour. Jurer qu’on n’a pas de problèmes psychiatriques. Chaque matin, s’engager à signer un registre pour attester qu’on est toujours vivant. Respecter le règlement draconien. Interdiction de « socialiser » avec les gens du coin en dehors de l’ashram, de recevoir des visites dans les chambres, de prendre des photos et, évidemment, de fumer ou de boire de l’alcool. Reste à franchir un portique surveillé par deux vigiles. Et nous y voilà.
On ressent un drôle de mélange. À la fois de traditionnel et de moderne, de spirituel et de commercial. Dans le premier registre : un temple tout ce qu’il y a de plus classique et des statues de divinités. Dans le second : des immeubles d’une quinzaine d’étages – c’est une vraie ville de 3 500 habitants – et, sur les murs, des pubs pour les entreprises d’Amma, écoles, hôpitaux, universités… Derrière l’innocente « maman aux câlins » se cache tout un empire de pognon.
Ce qui saute ensuite aux yeux, c’est la débauche de portraits d’Amma. Sur chaque porte, chaque mur, il y en a partout. Rien que dans l’ascenseur, je compte cinq photos d’elle. Dans ma chambre, cinq photos aussi. Avec toujours le même sourire de pub pour dentifrice. À part en Corée du Nord, je ne sais pas où l’on peut trouver un tel culte de la personnalité.
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Pour ce qui est des résidents de l’ashram, il y a un peu de tout. Des hommes et des femmes, de tous âges, avec quand même une majorité de cheveux blancs. Je remarque tout de même une chose : les Indiens sont habillés « normalement », tee-shirt, robe ou pantalon, tandis que les Occidentaux sont presque tous vêtus d’une tunique blanche, parfait petit uniforme de l’adepte. Je suis quasiment le seul Blanc qui ne soit pas vêtu ainsi. Ils affichent tous un air bienheureux, limite ravi de la crèche. Mais à bien y regarder, beaucoup ont des mines pâles et une silhouette osseuse, look de végétarien anémique tirant vers l’asperge, tout le contraire d’un bon vivant qui picole et baise. Mais il faut reconnaître qu’il y a aussi d’autres styles. Comme cette charmante quadragénaire estonienne aux airs de top-modèle qui me dit être « déjà venue dans l’ashram une dizaine de fois », ou ce jeune tatoué anglais qu’on imaginerait plutôt gérer la sono d’une rave-party…

Mais il est tard, il faut dormir, car demain, lever à l’aube. Chaque journée commence en effet par la « récitation des 1 000 noms de la Mère divine ». Qu’est-ce que c’est que ça ? Il ne s’agit pas d’Amma, mais de l’échelon au-dessus : une entité qui représente l’aspect féminin de la divinité. Et elle a 1 000 noms ! À cinq heures du matin, me voilà dans la grande salle ouverte qui est le coeur battant de l’ashram. Pas grand monde toutefois. Seul un haut-parleur récite les noms en hindi. J’essaie tant bien que mal de suivre sur Google : « Salut à toi, qui accomplis le miracle de rester silencieuse lorsque tu sortis du ventre de ta mère. » Ou encore : « Salut à toi dont le teint brillant a la couleur des nuages de pluie »… Et il y en a 1 000 comme ça !
« C’est la meilleure décision que j’aie prise de ma vie »
J’apprendrai qu’Amma, elle aussi, a plein de noms. Un peu moins, mais 108, tout de même. Par exemple, elle est celle dont « les yeux se meuvent comme des poissons dans les fleuves de beauté », ou celle dont « la beauté est rehaussée par des dents semblables aux germes de la pure connaissance »… Pour passer le temps, j’essaie de m’imaginer différents noms : comme « celui qui est prêt à s’emmerder pendant deux jours sans même boire une bière pour un reportage dans Charlie », ou « celui qui est irrémédiablement hermétique à toute spiritualité »…
J’ai ensuite droit à la visite destinée aux nouveaux arrivants. Je suis guidé par une Française d’une cinquantaine d’années qui s’est installée là définitivement. Le visage illuminé du désormais classique sourire du bienheureux qui a trouvé sa voie, elle m’apprend qu’en France elle travaillait dans une entreprise de télécommunications avant de tout plaquer pour venir ici : « C’est la meilleure décision que j’aie prise de ma vie. Ici, c’est comme un monastère, je suis là depuis dix ans, mais je suis une nouvelle, il y en a qui sont là depuis nettement plus longtemps. »
On devine bien ce qu’elle a trouvé ici : une existence sans plus aucun souci, car tout se résout par la méditation, la sagesse d’Amma et, bien sûr, les dieux. Car en Inde, il y en a des milliers, et chacun a sa spécialité. Ma coach m’amène au centre de l’ashram, dans le temple de Kali, la déesse de la Transformation, de la Préservation et de la Destruction. Ce que j’en déduis, c’est qu’elle sert à peu près à tout et à n’importe quoi, aussi bien à agir qu’à ne rien faire. Une déesse très utile, si je comprends bien.
Pour résoudre tous les problèmes, il y a une autre activité très répandue dans l’ashram : la récitation de mantras. Je n’ai jamais compris comment on pouvait être persuadé d’élever sa conscience en vidant son cerveau. Mais il est vrai qu’ici il n’y a plus besoin de penser, puisque Amma le fait à votre place.
La salle principale est équipée de cinq écrans géants, qui, à longueur de journée, diffusent des odes à Amma. On la voit qui aide les nécessiteux dans le cadre de son ONG caritative. Ou bien qui embrasse ses fans, qu’on a bien pris soin de filmer de face et en gros plan, avec les larmes aux yeux.

Parfois, on a droit à une litanie de chants et de psalmodies, tandis que les écrans affichent des citations d’Amma. Exemple : « La porte du coeur ne peut s’ouvrir qu’avec la clé de l’amour. » Imaginez des centaines de platitudes du même genre. Voici tout de même l’une des plus stupides à mes yeux. Elle est extraite du discours d’Amma à l’ONU, en juillet 2015 : « Le plus grand crime contre l’humanité commis au siècle dernier a été de couper la science de la spiritualité. » On peut donc commettre des génocides ou balancer des bombes atomiques, pas de quoi s’affoler… mais augmenter les connaissances en se passant des dieux, voilà le crime ultime ! C’est grâce à ce genre de discours que les scientifiques étaient menés au bûcher durant l’Inquisition.
Les paroles d’Amma aident à résoudre tous les problèmes, aussi bien le couple qui se délite que les enfants accros au portable ou qui se droguent… Mais il y a un seul sujet dont on ne parle pas ici, le fric. La fille qui m’a guidé me confie : « Je suis contente car Amma a accepté que je l’accompagne en France, mais je dois payer mon voyage. » Comment a-t-elle trouvé l’argent, vu qu’elle n’est pas payée dans l’ashram ? « C’est le divin qui m’a aidée, je ne peux pas en dire plus. » Eh oui, c’est bien là le vrai mystère, encore plus que celui des dieux ou l’origine du monde : le pognon.
On pourrait penser que ces gens ont bien le droit de faire ce qu’ils veulent, tant qu’ils ne font de mal à personne. C’était un peu mon idée, jusqu’à ce que je tombe sur une scène affligeante : dans un coin de l’ashram, il y a une éléphante en cage, attachée avec une chaîne et secouée de balancements mécaniques, signe flagrant de mal-être. Il paraît que c’est une tradition indienne d’avoir des éléphants dans les temples. Admettons, mais il est intolérable d’imposer une souffrance gratuite à l’animal, quand il pourrait profiter tranquillement des palmiers à proximité. Le cas de Lakshmi, c’est son nom, est venu aux oreilles de la Fondation Brigitte-Bardot, qui avait lancé une pétition en avril 2025 pour sa libération. Une place lui avait été trouvée dans un sanctuaire en Inde, il ne manquait plus que l’accord de l’ashram… Sauf qu’il n’est jamais venu. Devant le spectacle de cette éléphante, il n’y a plus de complaisance possible. On ne peut pas croire à la sincérité de ceux qui prônent l’amour en ânonnant de vains mantras, tout en restant indifférents à la souffrance, bien concrète, elle, d’un animal.
L’empire commercial
Je m’emmerde déjà ferme, mais pas question de partir sans avoir reçu l’embrassade d’Amma. On appelle ça le « darshan », rituel qui permet d’« être en présence de la divinité ». Une adepte me dira qu’« il y a différentes façons de faire le darshan : certains gourous vous effleurent la main, d’autres vous fixent dans les yeux ». Un gourou pourrait donc faire le darshan en palpant les seins ou les couilles, mais ça passerait moins bien. En fait, avec ses câlins, Amma a trouvé sa « niche marketing », pourrait-on dire, et c’est ce qui a fait son succès planétaire.
Mais pour y avoir droit, il faut être patient. D’abord, prendre un ticket. Puis faire la queue. Cela me laisse le temps de penser aux témoignages lus sur Internet. Comme celui-ci : « Amma me serre longuement contre elle. Une vague de chaleur m’envahit. Je m’abandonne. » Ou cet autre : « L’étreinte n’a duré que quelques secondes, et pourtant, en semant quelque chose de profond en moi, elle a su se rendre éternelle. »
Enfin, j’arrive en bas de l’estrade où siège Amma. Première vision : un soldat armé d’une mitraillette. Drôle de conception de l’amour universel. Il faut dire qu’il y a déjà eu des problèmes. En 2012, un certain Satnam Singh Mann a tenté de monter sur le podium, et il a été arrêté, torturé, avant de mourir en détention. Un vigile applique ensuite un thermomètre sur le front de chaque visiteur. Il y a apparemment du changement par rapport à l’époque où Amma embrassait les lépreux sans crainte. Pendant le Covid, elle disait du virus qu’« afin de le détruire, nous devons allumer notre flamme intérieure, notre lumière intérieure ». Mais aujourd’hui, on s’en tamponne de la lumière intérieure, ce sont les microbes qui font flipper ! Le fameux « amour inconditionnel » dont Amma nous rebat les oreilles s’arrête aux porteurs de virus.
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Une jeune femme passe continuellement une serviette dans le dos d’Amma. Cela fait un peu penser à une reine dans une société d’abeilles. Derrière elle, un garde du corps veille au grain. Elle est entourée de trois hommes qui enserrent chaque arrivant. Il en est avec qui Amma parle quelques minutes. Visiblement des habitués ou des chouchous. Tous repartent ébahis. C’est enfin mon tour. On m’avait expliqué qu’il ne faut pas s’appuyer contre Amma. Les trois cerbères m’agrippent fermement, Amma m’enlace quelques secondes, me susurre quelques mots à l’oreille. Il paraît qu’elle marmonne quelque chose comme « mon chéri ». Mais si ça se trouve, elle m’a dit « espèce de connard » en dialecte local. En tout cas, c’est expéditif. A-t-elle été refroidie par mes ondes rationalistes ? Je suis très vite poussé sur le côté. Amma a quand même eu le temps de me glisser quelque chose dans la main. J’y découvrirai… un bonbon et un morceau de gâteau au chocolat. Infantilisation ultime. Il est vrai qu’Amma signifie « maman » en hindi.
Toujours est-il que je n’ai rien ressenti. Absolument rien. Pas de chaleur ni d’émotion, et évidemment même pas le moindre début d’érection. J’aurais été plus ému en embrassant ma boulangère. Le pire est de refuser de voir qu’elle sert de caution spirituelle à un empire purement commercial. Une fois seul, je goûte le bonbon et le gâteau donnés par Amma. Sincèrement, c’est de la daube chimique bien dégueulasse.
Sous la belle histoire, les affaires sales
En Inde, il n’est pas très difficile de devenir gourou. Il en existe des centaines, et la plupart se contentent d’une petite communauté locale. Il faut admettre qu’Amma est la seule qui a réussi une carrière internationale. Et de plus, en partant de rien.
Mata Amritanandamayi, de son vrai nom, naît en 1953 dans une famille pauvre de pêcheurs. Toute une légende entoure son enfance, et vu qu’il n’existe aucune biographie indépendante, il faut se contenter de la mythologie.
On dit qu’elle était bleue à la naissance, comme le dieu Krishna (les mauvaises langues diraient qu’elle manquait d’oxygène). Elle aurait parlé à l’âge de six mois, à 5 ans, elle composait des hymnes, elle quitte l’école à 9 ans pour devenir servante. Très tôt, elle veut propager le bien autour d’elle. Un jour, elle vole un bracelet en or pour nourrir une famille pauvre, ce qui lui vaut d’être attachée à un arbre et battue par son père.
Peu à peu, des adeptes s’agrègent autour d’elle. En 1981, le groupe prend forme. Puis tout va très vite. Quelques miracles par-ci par-là, c’est toujours excellent pour une carrière de sainte. Quand les pêcheurs ramènent des filets vides, il suffit qu’Amma touche les vagues pour attirer un banc de poissons. Un autre jour, elle guérit un lépreux en léchant ses plaies. En 1987, Amma se lance dans un premier tour du monde. En 2002, l’ONU lui remet le prix Gandhi-King pour la non-violence, en 2014, elle est reçue par le pape, et en 2015, invitée à l’Élysée par Nicolas Hulot.
Ça, c’est pour la belle histoire. Mais il y a un côté bien plus sombre. On le découvre à travers le témoignage d’anciens adeptes. Comme Jacques Albohair, qui a passé quatorze ans près d’Amma, et en a tiré un livre, L’Empire d’Amma (theammaempire.com).
Il y dénonce notamment le bluff derrière les paillettes. À propos de la rencontre avec le pape, il rappelle qu’« elle était consacrée à l’éradication de l’esclavage moderne. Mais quel en a été le résultat ? Amritapuri a publié 2-3 articles sur le sujet. Pendant ce temps, l’Inde étant le pays au monde avec le plus grand nombre d’esclaves, environ 8 millions ». Pire encore : une autre, ancienne adepte également, Gail Tredwell, qui a été assistante personnelle d’Amma, raconte dans son livre L’Enfer sacré avoir été frappée et maltraitée par la « maman aux câlins ».
Et puis, il y a évidemment les histoires de fric. On peut vraiment parler d’empire. Il existe une centaine d’ashrams d’Amma répartis dans le monde, sept en Europe, dont deux en France. Ce qui représente un immense patrimoine immobilier. À cela, il faut ajouter des dizaines de sociétés, dans divers secteurs (cybersécurité, audiovisuel…). Et une cinquantaine d’écoles, de la maternelle au lycée, des établissements supérieurs et six campus universitaires : tous ces établissements étant payants. Et encore au moins cinq centres hospitaliers, payants eux aussi. Puis des centres de recherche scientifique (robotique, nanosciences, biologie…), qui ont produit des dizaines de brevets très lucratifs.
Tout cela rapporte énormément d’oseille. Et pourtant, la multinationale d’Amma se présente comme une gentille organisation caritative. Ce qui veut dire qu’en plus de faire du fric, elle récolte énormément de dons provenant du monde entier. Jacques Albohair, dans son livre, rappelle qu’« en Occident, elle quémande des dons pour soulager les pauvres ; en Inde, elle est sponsorisée et soutenue par le gouvernement, l’ONU, l’Union européenne, Hewlett-Packard, Microsoft, Intel, Cisco, Oracle, IBM, Sanofi-Aventis, Fujitsu et autres grands groupes industriels ». On se doute bien que ce n’est pas Amma qui gère cet empire. Mais qui, alors ? Mystère.
Beaucoup de fric, donc, et de surcroît du fric pas toujours très net. Jacques Albohair dénonce aujourd’hui les magouilles auxquelles il a parfois même collaboré : « Quand elle et sa suite voyageaient de pays en pays et surtout au retour en Inde, il s’agissait d’éviter au maximum de transférer de l’argent par les canaux officiels. […] chaque membre de sa suite servait de mule, voyageant avec 10 000 dollars en espèces sur soi [et] j’avais des quantités d’argent énormes à lui transmettre en Inde, à partir de comptes privés à mon nom afin d’éviter de payer des impôts. »
Ce business est aussi très malhonnête à l’égard des donateurs. Jacques Albohair, qui a pu avoir accès à certains comptes, affirme que moins de 1 % des dons étaient dépensés pour des œuvres humanitaires. À quoi sert la fortune de cette multinationale du câlin ? Personne ne sait. Gail Tredwell affirme qu’Amma aurait donné des sommes énormes à sa propre famille. Il y a certainement beaucoup d’autres personnes qui se gavent dans l’affaire. Cependant, il ne semble pas y avoir d’enrichissement personnel d’Amma, selon Jacques Albohair : « Elle ne porte pas de montre en diamants, comme certains gourous. Ce qu’elle cherche, c’est le pouvoir, et l’argent lui sert à augmenter son emprise. »
Amma étale ses bisous, mais cache ses gros sous. Elle prétend donner de l’amour, mais récolte surtout beaucoup de thunes. En Inde, quelques voix se sont élevées, il y a même eu des livres critiques contre elle, mais ils ont été interdits pour « blasphème » par l’État du Kerala (qui est pourtant communiste). Et partout ailleurs dans le monde, les foules et les institutions continuent de se prosterner, envoûtées par l’enfumage spiritualiste de cette gourou.
6 months ago
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