Entre Flamands et Wallons, la guerre linguistique jusqu’à l’absurde

7 months ago 24

Et dire qu’ils avaient presque réussi à se faire oublier, nos voisins belges, trop longtemps victimes de nos railleries franchouillardes. Même dans les bistrots les plus reculés du pays, les piliers de comptoir commençaient à trouver ça ringard, les blagues sur les gentils idiots du plat pays. Mais voilà qu’ils en redemandent. Qu’ils nous tendent l’autre joue façon Jésus-Christ. Et cette fois, leur connerie n’a plus rien d’une jolie candeur. Bien au contraire : c’est une fièvre identitaire poussée jusqu’à l’absurde.

En décembre dernier, un contrôleur de la SNCB – la SNCF locale – a fait l’objet d’une plainte de la part d’un voyageur. On lui reproche, après avoir d’abord salué les usagers d’une rame en néerlandais, d’avoir ajouté un « bonjour ». En français, donc. Et ce alors que le train traversait la commune de Vilvorde. Sacrilège. Car Vilvorde se trouve en territoire flamand. Et que, conformément aux règles en vigueur sur ce territoire, un contrôleur doit s’exprimer exclusivement en néerlandais. « Il s’agit d’une ligne de train qui relie Liège à Bruxelles et qui, paradoxalement, transporte essentiellement des voyageurs francophones mais traverse une bonne partie de la Flandre », explique François Gemenne, politologue belge et usager régulier de la ligne. En principe, les contrôleurs sont censés savoir, à tout moment, si le wagon dans lequel ils se trouvent est en Flandre ou en Wallonie et adapter leur langage en conséquence.

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Si le contrôleur de la SNCB n’a pas été sanctionné, son employeur a tout de même affirmé publiquement qu’il avait enfreint les sacro-saintes règles linguistiques du pays. « Encore plus délirant, lorsqu’un train passe par Bruxelles, il faut évidemment faire les annonces dans les deux langues, mais l’ordre des annonces, soit en néerlandais en premier, soit en français, change si le train arrive du nord ou du sud », détaille le spécialiste. Et la législation s’étend à de nombreux domaines. Il arrive très régulièrement que des procès-verbaux ou des procédures judiciaires soient invalidés car ils n’ont pas été rédigés dans la bonne langue. « Ce sont des règles extraordinairement complexes », résume François Gemenne. Elles sont censées calmer l’ardeur des nationalistes flamands.

Car, historiquement, force est de constater que le néerlandais n’a pas toujours eu la cote en Belgique. Pendant très longtemps, la langue officielle de toutes les administrations belges était le français, y compris en Flandre. Pire : « Pendant la Première Guerre mondiale, des soldats flamands se sont fait tirer dessus car ils ne comprenaient pas les ordres des officiers wallons donnés en français », raconte le politologue. Profitant d’un renversement des richesses entre Wallons et Flamands au sortir de la Seconde Guerre mondiale, ces derniers ont finalement obtenu le retour d’un régime fédéral avec plusieurs langues officielles.

Mais si les velléités d’émancipation des Flamands ont pu être à un moment de l’Histoire acceptables, difficile aujourd’hui de ne pas y déceler, chez les plus rigoristes, un identitarisme crasse. « À chaque période de vacances, il y a des incidents, des Wallons qui vont en Flandre, sur la côte, se voient refuser d’être servis par des commerçants car ils commandent en français. Pendant le Tour de France, en ce moment, on remarque sur le bord de la route des dizaines de drapeaux flamands, et pas belges, ou ce genre de choses », détaille François Gemenne. À chacun ses Corses.

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