L’épisode de violences urbaines qui s’est produit à la mi-juillet à Torre-Pacheco, dans la province espagnole de Murcie, fait suite à des mobilisations similaires en Ulster, en Irlande et l’été dernier, en Grande-Bretagne, selon un scénario assez invariable : une agression, ou un crime, commise par une personne d’origine étrangère, est immédiatement médiatisée sur les réseaux sociaux, souvent de manière déformée, puis s’ensuit des « mobilisations citoyennes » qui tournent à la ratonnade, le tout attisé par des groupuscules d’extrême droite venus de l’extérieur. À Torre-Pacheco, ces groupuscules ont de surcroît fait circuler de fausses vidéos de l’agression.
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Quand les auteurs des violences sont musulmans (en Espagne, les auteurs présumés étaient marocains) ou présentés comme tels, une dimension spécifique s’ajoute, bien évidemment. Cela étant, trois faits doivent attirer notre attention dans ces affrontements qu’il faut bien appeler « ethniques ». Le premier, c’est qu’ils se multiplient dans toute l’Europe et qu’il faut à chaque fois l’intervention de la police pour ramener le calme, comme cela a été le cas à Romans-sur-Isère fin 2023. Il s’agit donc d’un nouveau problème d’ordre public, particulièrement difficile à résoudre puisque les mobilisations se nourrissent d’informations, vraies ou fausses, diffusées viralement par des acteurs souvent difficiles à identifier.
Article 52
L’autre fait saillant, c’est que les citoyens qui s’engagent dans les actions anti-immigrants le font au nom d’une certaine conception de l’ordre, justement : celle qui consiste à vouloir prendre en mains eux-mêmes la réponse répressive, puisque la police et la justice sont, à leurs yeux, laxistes, voire complices. La presse espagnole a d’ailleurs vu juste en liant ce qui s’est passé à Torre-Pacheco et la vague d’arrestations qui a touché, en Italie du nord, les membres du mouvement Articolo 52 qui, né cette année, se définit lui-même comme une « milice du mouvement anticriminalité et anti-racailles ».
Article 52 ? C’est celui qui, dans la Constitution italienne, dit : « La défense de la Patrie est le devoir sacré du citoyen ». Chaque citoyen est donc un policier ou un soldat en puissance, et il a le droit pour lui. Il organise des rondes, punit les méchants (étrangers bien sûr) en les frappant, dans une sorte de justice punitive et expéditive qui rappelle les « border patrols » des milices américaines en chasse de migrants. Sauf que, à Milan comme en Espagne, les affrontements se déroulent en milieu urbain.
Troisième remarque : les groupes d’extrême droite qui, en Espagne comme en Italie, se greffent sur les émeutes pour les orienter politiquement ont un agenda précis, la remigration. Alors que les partis populistes de droite, Lega nord ou Vox, progressent sur un agenda d’arrêt total de l’immigration, les partisans de la remigration ont un objectif plus radical : l’expulsion des non-Européens, délinquants ou non, naturalisés ou non. Parmi les groupes impliqués dans les heurts espagnols, on en compte un appelé « Deport them now », soit « expulsez-les maintenant ». En Espagne, Vox a beau être de plus en plus radical dans ses propositions en matière migratoire et avoir largement emboîté le pas de la rhétorique des émeutiers, il existe un courant d’idées qui promeut une vision maximaliste, ethniciste. Les « identitaires » qui croient au « grand remplacement » n’ont pas fini, même ceux qui ne sont pas violents, de poser un problème aux partis populistes d’extrême droite à vocation électorale. Ils vont les pousser à aller plus loin que fermer les frontières : les ouvrir toutes grandes pour faire place nette, totalement.
7 months ago
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