Charlie Hebdo : Qu’est-ce que vous appelez « roue de la fortune » ? Et est-ce qu’elle tourne, cette roue ?
Marie Gariazzo : On a voulu savoir si l’ascenseur social en France était complètement bloqué, s’il était grippé ou s’il y avait encore quelques brèches… Et des brèches, il y en a, mais elles sont étroites. Notre étude a permis de montrer qu’il y a une concentration très forte du patrimoine en France, une concentration notamment géographique, sur la façade atlantique, les zones touristiques, les vignobles…

Sans hériter, est-ce qu’il est vraiment possible de prendre l’ascenseur social ?
C’est vrai, il y a une très forte reproduction sociale dans les grandes fortunes françaises. Mais notons qu’il y a quand même une forme de renouvellement, puisque 57 % des plus grandes fortunes ne sont pas fondées par des héritiers. Ce sont bien sûr des gens issus de catégories aisées de la population, mais ce sont de nouveaux entrants.
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Les héritiers reçoivent de grandes, voire de très grandes entreprises. Mais au niveau des PME et des TPE, c’est beaucoup plus méritocratique…
Il y a une transformation sociologique beaucoup plus important au niveau des TPE et des PME, c’est vrai. Tout le monde s’accorde à dire que constituer un patrimoine aujourd’hui par le seul fait du salariat, c’est très compliqué, sauf à exercer des métiers dans le domaine de la finance. L’entrepreneuriat reste l’une des seules nouvelles voies d’ascension sociale, mais il n’y a pas énormément d’élus… C’est pourtant par ce biais-là que des choses se passent en bas de la pyramide. Il y a des professions qui se renouvellent : les PMU, par exemple, avec un renouvellement des propriétaires et une possibilité de réussir une ascension sociale. Et puis, il y a la franchise, avec une multiplication assez forte du nombre de franchisés.
Pour s’élever socialement, mieux vaut donc être entrepreneur ?
Quand ça marche. Car ce n’est pas si souvent le cas… Il y a aussi l’immobilier et le numérique. La pierre a remplacé la machine, et les grandes fortunes sont aujourd’hui de grandes fortunes immobilières. Le numérique, lui, a permis à de nouveaux profils d’entrer dans le cercle des plus grosses fortunes, comme Xavier Niel. Même à des niveaux plus bas dans la hiérarchie sociale, on voit que le numérique ouvre des perspectives, avec des activités plus rémunératrices, c’est une brèche importante pour des personnes qui ne sont pas issues du sérail.
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Qu’est-ce qui explique que les gros patrimoines parviennent aussi bien à faire fructifier leur capital ?
C’est un élément très important. Aujourd’hui, en France, ceux qui peuvent accomplir une ascension sociale sont ceux qui ont la connaissance nécessaire pour se servir de tous les mécanismes fiscaux qui existent tout en restant dans la légalité. Cette culture financière ouvre des brèches. En partant de rien maintenant, on peut bien sûr acquérir cette culture, mais ça reste très minoritaire. Ceux qui y arrivent ont bénéficié de conseils. Et même parmi les grandes fortunes, à patrimoine égal, ceux qui ont la maîtrise de ces règles vont prospérer davantage que les autres.
Propos recueillis par Jean-Loup Adénor
8 months ago
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