La condamnation à cinq ans de prison qui vient de frapper Nicolas Sarkozy dans l’affaire du financement de sa campagne électorale par Kadhafi secoue le petit monde politique français. Aussitôt, cette décision a été jugée militante et, selon Sarkozy, elle constituerait un « viol de l’état de droit ». La présidente du tribunal a même reçu des menaces de mort.
Dès qu’un homme politique est confronté à la justice, c’est la même comédie. On s’offusque de la sévérité des juges, on met en cause leur impartialité et leur politisation supposée. Devoir rendre des comptes devant la loi est souvent ressenti par les anciens ministres et anciens présidents comme un crime de lèse-majesté. Leur personne et leurs fonctions passées ne peuvent être atteintes par la bave du crapaud de la justice.
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Certaines des infractions dont ils sont accusés mettent en jeu des sommes d’argent importantes et des malversations difficiles à identifier qui laissent peu de traces. Ici, pas de flaque de sang décelée par du luminol, pas de bol gastrique à analyser pour savoir à quelle heure la victime a pris son dernier repas. La corruption est un crime de l’esprit et de la ruse.
Le juge, homme à abattre
C’est pour cette raison qu’avait été créé en 2013 le célèbre PNF, le parquet national financier, qui regroupe des magistrats spécialisés dans la fraude fiscale et dans la grande délinquance économique et financière. La complexité de ces délits nécessite des juges qui en connaissent toutes les ficelles. Les journalistes eux-mêmes ont du mal à y voir clair, et parfois, certains d’entre eux ont pu être manipulés par tel protagoniste qui voulait faire sortir dans la presse des informations qui serviraient ses intérêts. Des journalistes ont déjà été abusés par des preuves fabriquées, et dans la décision rendue par le tribunal sur l’affaire Sarkozy, une note manuscrite qui impliquait gravement l’ancien président n’a pas été retenue, car jugée fausse.
Les seuls capables de comprendre les mécanismes de ces affaires sont les juges spécialisés qui les instruisent, ainsi que les accusés. En son temps, Bernard Tapie était rompu à cet exercice. Il connaissait sur le bout des doigts tous les détails de ses dossiers d’instruction, et rares étaient les journalistes en mesure de lui clouer le bec en ce domaine. Seul un magistrat spécialisé pouvait lui porter la contradiction et le confondre.
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La perception par le grand public de ces affaires complexes dépend de la manière dont les médias en parlent, et il faut bien reconnaître que peu de journalistes les maîtrisent parfaitement. L’accusé n’a comme interlocuteur outillé pour s’opposer à lui que le juge. Le juge est donc l’homme à abattre. Tout est alors permis pour le discréditer. Et l’accusé, quand ce dernier est un politique, possède mieux que quiconque l’art de parler aux Français pour leur faire avaler ce qu’il veut.
Les affaires de corruption politique existent aussi à l’étranger. En juillet, le Parlement ukrainien avait tenté de faire adopter une loi qui mettait fin à l’indépendance du Bureau national anticorruption (Nabu) et du parquet spécialisé anticorruption (SAP). De même, Netanyahou est le premier Premier ministre israélien en exercice à être poursuivi pour « corruption, fraude et abus de confiance ».
Les protestations contre la décision qui frappe Nicolas Sarkozy font écho à d’autres contestations du rôle des juges dans d’autres démocraties. Leur travail dérange une pratique dévoyée du pouvoir. Avec son petit Code pénal, la justice se retrouve en première ligne pour faire redescendre sur terre une classe politique qui se rêve parfois sur l’Olympe, intouchable et immaculée. N’y aurait-il donc plus personne à part quelques juges pour le faire ? Effectivement, cette décision est inquiétante, mais pas pour les raisons qu’on nous sert depuis une semaine.
7 months ago
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