« Autrefois, les gens vivaient rarement jusqu’à 70 ans, or aujourd’hui, à cet âge, vous n’êtes qu’un enfant. — Des organes humains peuvent être transplantés en permanence, au point que les gens peuvent devenir plus jeunes, voire immortels. — D’ici à la fin de ce siècle, les gens pourront vivre cent cinquante ans. » Cet échange n’a pas été volé au comptoir d’un bar PMU cet été, en marge des feux de forêt. Le 3 septembre 2025, Vladimir Poutine et Xi Jinping, tous deux 72 ans, dissertent sur les inexorables marques du temps sur leur gras au bide et leurs couilles pendantes. Deux dictateurs effrayés comme des petits enfants par la mort, sur laquelle leur pouvoir autoritaire n’a aucune prise. Jusqu’à présent. Car, en avril 2026, le gouvernement russe annonçait le lancement d’un vaste projet de thérapie génique visant à ralentir le vieillissement cellulaire. Coût de ce programme baptisé Nouvelles technologies de préservation de la santé : 26 milliards de dollars. Les soldats russes englués dans la guerre en Ukraine apprécieront.
Réparation cellulaire : enjeu de demain
Pour une fois, Poutine ne semble pas complètement à côté de la plaque. En réalité, ce programme est l’aboutissement d’un long cheminement intellectuel, Poutine ayant eu très tôt l’intuition que le monde animal avait beaucoup à nous apprendre en matière de longévité. Certaines espèces de requins, d’éléphants, de chauves-souris ou de homards affichent en effet des espérances de vie relativement élevées et semblent très peu sujettes aux cancers. Les scientifiques russes se sont donc lancés dans des recherches loufoques, par exemple la xénogreffe (une technique qui consiste à faire une greffe entre un donneur et un receveur qui n’appartiennent pas à la même espèce biologique) en faisant pousser des organes humains dans des animaux génétiquement compatibles, notamment des cochons nains. D’autres projets misaient sur la fabrication de peptides – ces acides aminés utilisés en cosmétique pour régénérer les cellules de la peau – dérivés de tissus de veaux. Le président russe a sans doute dû éprouver quelques déconvenues avant de comprendre que la décrépitude des corps et des esprits répondait à d’autres logiques. Notamment aux mécanismes de réparation cellulaire.
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De fait, rayons ultraviolets, toxines environnementales et autres agressions plus ou moins naturelles altèrent en permanence les instructions qui régissent le bon fonctionnement de nos cellules. Typiquement, une cellule peut accumuler 100 000 lésions par jour. Heureusement, l’organisme dispose d’une machinerie de réparation capable de corriger la grande majorité de ces dommages. En cas d’oxydation ou de rupture de la double hélice, une multitude de protéines spécialisées interviennent pour remplacer une séquence fragilisée ou ressouder les morceaux. En revanche, les lésions de l’ADN qui échappent à ces mécanismes ouvrent un boulevard aux mutations, lesquelles peuvent favoriser l’apparition de cancers. Cassures, torsions, bases perdues ou liaisons croisées peuvent aussi entraver la synthèse des protéines ou la division cellulaire. À la longue, ces dommages contribuent à toute une série de dérèglements associés au vieillissement : inflammation chronique, troubles métaboliques, maladies cardio-vasculaires, ostéoporose ou encore maladie d’Alzheimer.

Une question se pose désormais : grâce aux nouveaux outils d’édition génétique, sera-t-il un jour possible d’identifier précisément les gènes impliqués dans la réparation cellulaire, booster leur efficacité et ralentir de facto le vieillissement ? Dans une étude publiée dans Nature en octobre dernier, des chercheurs de l’université de Rochester, dans l’État de New York, se montrent particulièrement optimistes. Ils s’intéressent notamment aux baleines boréales, des géants de 80 t capables de vivre plus de deux siècles dans les eaux glacées de l’Arctique. En séquençant leur ADN à la recherche de mécanismes pouvant expliquer leur exceptionnelle résistance au cancer, les scientifiques ne découvrent pas un gène miracle capable de détruire les cellules pourries, mais une protéine inattendue : CIRBP. Testée sur des cellules humaines, cette protéine de baleine stimule plusieurs voies majeures de réparation des cassures double brin de l’ADN.
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En 2019, une autre équipe s’est intéressée à 18 espèces de rongeurs aux longévités très variables. Là encore, les chercheurs ont mis en évidence un lien étroit entre la durée de vie et la précision avec laquelle certaines protéines réparent les cassures double brin de l’ADN dans les cellules de la peau et des poumons. Parmi elles, la sirtuine 6 (Sirt6), produite par le gène du même nom. Les scientifiques identifient notamment cinq acides aminés qui distinguent la Sirt6 produite par les castors, dont l’espérance de vie s’étale sur plusieurs décennies, de celle fabriquée par les souris, qui dépasse rarement quelques années. Cinq minuscules acides aminés – les briques élémentaires des protéines – qui suffisent à conférer à la Sirt6 du castor une efficacité accrue dans la maintenance du génome. Des travaux génétiques menés en 2022 chez certains humains centenaires suggèrent également que des variantes particulières du gène Sirt6 pourraient être associées à une meilleure longévité.
Pas de recette miracle pour l’immortalité
Pour autant, les thérapies géniques destinées à décupler l’efficacité de telle ou telle protéine risquent de décevoir. N’en déplaise à Poutine et aux entrepreneurs de la « deeptech » qui investissent des milliards dans la quête de l’immortalité, malgré les découvertes récentes, tout porte à croire que les mécanismes de réparation cellulaire reposent sur un réseau complexe de protéines qui interagissent entre elles, se chevauchent, prennent le relais en cas de défaillance. Selon certaines estimations, près de 10 % du génome humain pourrait participer, directement ou indirectement, au maintien de l’intégrité génétique. Par ailleurs, la réparation varie fortement d’une cellule à l’autre. Les spermatozoïdes et les ovocytes, par exemple, accumulent beaucoup moins de dommages à l’ADN que la plupart des autres cellules somatiques. Un investissement logique : ces cellules germinales ont la responsabilité de transmettre l’information génétique aux générations suivantes et bénéficient donc de systèmes de protection particulièrement efficaces, au prix d’une surconsommation d’énergie.
Dans ces conditions, difficile d’imaginer tripatouiller simultanément des dizaines, voire des centaines de gènes. Les tentatives visant à renforcer directement la réparation de l’ADN ont d’ailleurs conduit à des résultats mitigés, voire à des effets indésirables. Poutine, Xi Jinping et compagnie devront s’habituer à leurs fesses flétries.
1 month ago
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