Charlie Hebdo : Téhéran a-t-il les moyens militaires et économiques de se mesurer à Israël ?
David Khalfa : Depuis vingt ans, la stratégie du régime iranien consiste à sous-traiter la guerre à des milices au Moyen-Orient afin de projeter sa puissance au Levant et d’avoir un accès à la Méditerranée, avec Bachar al-Assad en Syrie et le Hezbollah au Liban. Cela permettait de maintenir Israël sous menace permanente au nord, à l’ouest et au sud avec les houthistes du Yémen. Cette guerre par procuration lui permettait aussi de se soustraire aux représailles. Depuis 2024, il fait face à un conflit direct avec Israël qui s’est intensifié depuis la semaine dernière. L’Iran n’est pas bâti pour affronter ce type de guerre. Il y a une réelle supériorité militaire et technologique du côté israélien. L’Iran dispose d’une aviation vétuste, datant de l’époque soviétique, et d’assez peu d’équipements de haute technologie. Sans parler de la corruption qui gangrène les rangs de l’armée et des Gardiens de la révolution.
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L’Iran peut-il se lancer dans un conflit long ?
Le régime iranien peut continuer à envoyer des essaims de drones et des missiles balistiques pour démoraliser la population civile israélienne, en espérant provoquer des dommages humains et matériels importants, mais ça n’ira pas au-delà. On estime que l’armée iranienne possède 2 000 à 3 000 missiles balistiques. 800 ont été tirés entre avril 2024 et aujourd’hui. Le taux d’interception du Dôme de fer s’élève à 90 %. Le régime iranien a été pris par surprise sans être prêt à ce type de conflit. À ce stade, c’est un échec.
Ne peut-il s’appuyer sur ses alliés russe et chinois ?
Les Russes n’ont pas les compétences militaires pour imposer une supériorité aérienne en Ukraine, ce qui a fait que Moscou s’est enlisé dans une guerre d’usure dans des tranchées. Le matériel russe n’est pas aussi performant qu’on le croit. Il l’est moins, en tout cas, que les aviations israélienne et américaine de sixième génération. La Chine, quant à elle, est dans un bras de fer avec l’Amérique et n’a aucun intérêt à vendre des bombardiers aux Iraniens. À la seconde où les Chinois leur vendraient de la technologie militaire dernier cri, ils seraient sous sanctions internationales, or il y a une trêve commerciale entre Américains et Chinois. Leur principale relation est commerciale et concerne l’exportation de pétrole. Le partenariat stratégique irano-russo-chinois n’est pas aussi solide que ça. Il y a des intérêts communs, certes, mais également une concurrence. L’affaiblissement du régime iranien arrangerait bien les Russes et les Chinois. Ils étaient par exemple en concurrence en Syrie, avec des luttes d’influence sur le plan économique et stratégique.
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Faut-il craindre une fermeture du détroit d’Ormuz, et quelles seraient les conséquences d’une telle décision pour la région et pour le monde ?
Le régime iranien se tirerait une balle dans le pied : un quart des importations mondiales de pétrole transite par le détroit d’Ormuz, représentant près de 600 milliards de dollars par an. Cela équivaut à un quart du transit maritime mondial de pétrole. Et les principales victimes de cette fermeture seraient les pays asiatiques, la Chine, alliée puissante de l’Iran, le Japon, l’Inde… Toute congestion du détroit entraînerait très certainement des représailles américaines plus poussées. Pour l’instant, les frappes observées – notamment celles de la nuit du 21 au 22 juin – sont restées chirurgicales et ont ciblé exclusivement des installations nucléaires. À ce stade, le régime reste donc dans une logique de dissuasion, relevant davantage de la guerre psychologique.Propos recueillis par Coline Renault
1 year ago
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