L’Orient pas compliqué

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C’est entendu, il y a plein de mauvaises raisons pour lesquelles Benyamin ­Netanyahou a lancé son offensive contre l’Iran. Nombre de commentateurs et d’« experts » médiatiques ne se privent d’ailleurs pas de les rabâcher depuis que la première bombe est tombée sur Téhéran : convenances personnelles – tant qu’il y a de la guerre, il y a de l’espoir de rester Premier ministre -, vieux rêve enfin exaucé, messianisme de ses alliés politiques, volonté de saboter les négociations entre les mollahs et les États-Unis (rires) sur le programme nucléaire iranien… Mauvaises raisons auxquelles s’ajoute le risque, non négligeable, de déstabiliser encore davantage le Liban, la Syrie ou l’Irak et d’entraîner toute la région, et plus car affinités, dans la surenchère belliciste. Sans oublier, catastrophe, les prix à la pompe qui vont encore atteindre des sommets, et ce juste avant les grands départs estivaux.

Mais il y a aussi quelques bonnes raisons. En tout cas, nettement moins mauvaises. Et on ne peut pas les passer sous silence, au prétexte qu’on-n’impose-pas-un-changement-de-régime-de-l’extérieur et que la guerre est méchante.

D’abord, l’Iran est la dernière puissance régionale qui proclame ouvertement vouloir détruire Israël et œuvre chaque heure de chaque jour en ce sens, notamment via le bras armé de ses diverses milices, Hezbollah, Hamas, houthistes, etc. Ensuite, la République islamique est un État terroriste fièrement revendiqué depuis 1979, qui projette, finance et exécute ou fait exécuter des attentats meurtriers partout dans le monde – ce qui en fait au passage un peu plus que l’ennemi du seul État hébreu. La possibilité qu’un tel régime puisse disposer d’un arsenal nucléaire s’ajoutant à l’équation. Enfin, il y a l’éléphant dans la pièce, que plus grand monde ne veut voir : le 7 Octobre.

Le deuxième étage de la fusée

Il n’est pas exclu que, dans la tête de beaucoup de responsables politiques et militaires israéliens, ce qui se déroule dans la région depuis vingt et un mois vise aussi à provoquer un effet de sidération. Certes, le paramètre Netanyahou, son cynisme, son manque total de scrupules, sa brutalité, ses supplétifs ­d’extrême droite religieux, est à prendre en compte. Mais autre chose motive peut-être ce jusqu’au-boutisme guerrier. L’attaque contre le régime des mollahs pourrait bien être le deuxième étage de la fusée. Le premier est tombé sur Gaza et continue d’y faire des ravages. Le second dégringole aujourd’hui sur l’Iran et espère y faire, là aussi, beaucoup de dégâts. Avec la même finalité, envoyer à tous les acteurs de la région et au monde ce message : à l’avenir, quiconque s’en prendra à Israël ou menacera sa sécurité subira un sort identique. En résumé : plus jamais le 7 Octobre, quoi qu’il en coûte.

On a le droit de trouver la stratégie moralement condamnable et lourde de conséquences. Mais pas de faire semblant d’en ignorer la raison. Israël est le seul État au monde, et ce depuis sa création en 1948, dont la légitimité est contestée, quand elle n’est pas violemment combattue, par des pays, des partis et des dirigeants politiques, des groupes armés, des intellectuels, des militants, et ce sur toute la planète. Des milliers de personnes peuvent dénoncer obsessionnellement un « génocide » à Gaza, en criant tout aussi obsessionnellement « La Palestine de la rivière à la mer » – soit appeler en parfaite bonne conscience à un génocide, un vrai, puisqu’il s’agit ni plus ni moins de rayer Israël et sa population de la carte… Quant aux Juifs, où qu’ils se trouvent et quelle que soit leur position sur les agissements du gouvernement israélien, ils sont par principe décrétés responsables et coupables. Il faut donc s’attendre à ce qu’une nouvelle « flottille Instagram de la liberté » s’élance sous peu en direction des eaux iraniennes – bon courage aux volontaires – pour apporter un brumisateur à l’ayatollah Khamenei…

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