La Dame de l’Intime Secret

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Jusqu’au 25 octobre, on peut voir, à la galerie Les Douches la Galerie, à Paris, 5, rue Legouvé, dans le 10e arrondissement, juste à côté de la place de la République, une très belle rétrospective des photographies de Denis Roche (1937-2015) intitulée « Dans les plis du temps ».

Paraît en même temps, aux éditions du Seuil, dans la collection « Fiction & Cie », qu’il avait fondée, et que dirige Bernard Comment, un livre qui, sous le même titre que l’exposition, regroupe une trentaine de courts textes d’hommage à ce génie, écrivain, traducteur merveilleux des Cantos pisans, d’Ezra Pound, photographe, éditeur donc, poète absolu dont je vous conseille les livres, par exemple l’époustouflant Éros énergumène (éd. Gallimard, coll. « Poésie ») ou l’étourdissant journal Temps profond (éd. Seuil, coll. « Fiction & Cie »).

Sur ses photographies, une femme est toujours dans le cadre : sa compagne, Françoise, diffractée à l’infini dans les retours de miroitements de la photo se prenant en photo, ou nue, occupant tout l’espace, sensuellement blonde dans son noir et blanc, devenue elle-même corps de photo, instant qui coupe son contraire, texte disparaissant et à jamais offert à notre regard.

Dans l’expo, une série consacrée aux pyramides de Gizeh, en Égypte, démultiplie leur image grâce aux vitres d’un restaurant, associant en un même vertige l’acte de voir et celui de représenter : qu’est-ce qu’une photographie, sinon le poème de ces reflets ?

En passant, avec l’air de parler d’autre chose, Denis Roche nous rappelle qu’une tradition indienne associe les pyramides au sexe féminin, et qu’au Népal on les vénère comme la « Dame de l’Intime Secret ».

Car il s’agit toujours d’amour et de sexe, de l’espace qui vibre entre deux êtres. Voyager consiste à enregistrer les modifications, toujours nouvelles, de cet espace : dans les chambres d’hôtel, au long des monuments, le temps à deux s’extasie.

Cadrer, ne faisons-nous pas cela de manière obsédante, lorsque nous contemplons la personne aimée, et réglons pour nous seuls la lumière qui d’un même trait vient sur ses cuisses, oriente ses courbes et découpe sa lingerie ? L’oeil est un sexe précis, et de la répétition des actes sexuels procèdent d’autres répétitions (scripturaires, photographiques).

À sa manière tonitruante, mais épris d’une pensivité que son splendide noir et blanc dispose en fulgurances, Denis Roche est une figure indomptée. Il n’y a pas plus calme, apparemment, que cet anarchisme : il conduit à vivre en son nom une aventure qui se dissimule dans la transparence, à écrire, à lire, à aimer, à éditer, à faire semblant de respecter le cadre pour mieux le déborder.

La liberté est semblable à ce vent d’amour qui soulève les particules dans ces photos qui chantent au bord de l’effacement. Pendant ce temps, hors champ ou parfois en pleine lumière, un homme et une femme font l’amour et rient de plaisir.

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