La France (insoumise) outragée

7 months ago 90

« Restons courtois ». Après « Bloquons tout », c’est le nouveau mot d’ordre de La France insoumise, qui poursuit en justice Raphaël Enthoven pour « injures publiques envers un particulier » et lui réclame 10 000 euros pour laver l’affront. L’audience, où plaidera notre ami Richard Malka, se tiendra le 23 septembre devant la 17e chambre correctionnelle de Paris. Oui, c’est un peu l’hôpital qui porte plainte contre la charité. Il semble paradoxal qu’une formation politique qui a fait de l’insulte personnelle et de la violence verbale les deux axes directeurs de sa communication vienne tout à coup donner des leçons de maintien. On peut imaginer Jean-Luc Mélenchon dans beaucoup de costumes, mais pas dans celui de la baronne de Rothschild.

LFI s’offense donc de trois phrases, écrites par Raphaël Enthoven le 1er mai 2024 sur son compte X : « La France insoumise est un mouvement détestable, violent, complotiste, passionnément antisémite », « Et ils sont tellement cons », « On n’en peut plus, de ce club de déficients ». Trois phrases en réalité isolées du texte d’origine, un message plus long posté en réaction à l’agression par des militants LFI de Raphaël Glucksmann, alors qu’il participait, dans le cadre de la campagne pour les élections européennes, à un rassemblement de salariés du groupe Casino, à Saint-Étienne : « #LaFranceInsoumise est un mouvement détestable, violent, complotiste, passionnément antisémite, et dirigé par un haut-parleur que personne n’a élu. Leurs manières déshonorent l’Assemblée, leurs méthodes dégradent le débat. Ils nous font honte tous les jours par leurs outrances, leurs fake news, leurs gifles, leurs mains au cul, leurs trolls antisémites, leurs comportements totalitaires. Et ils sont tellement cons qu’il n’est même pas nécessaire de les corrompre pour qu’ils reprennent à la lettre le narratif du Hamas ou de Poutine. On n’en peut plus, de ce club de déficients qui, après avoir tenté de faire entrer les islamistes à l’Assemblée, tentent de faire entrer le Hamas au Parlement européen. […] »

Un sous-Trump d’extrême gauche

Voilà donc que la Mélenchonie se dresse en arbitre des élégances, le petit doigt en l’air et la bouche en cul de Giscard, et demande réparation. Savoureux, quand on sait que le Lider maximo en personne a lui-même été condamné pour « injure publique » en janvier 2022, après avoir traité d’« abrutis » des journalistes de Radio France qui avaient eu l’outrecuidance d’enquêter sur ses comptes de campagne. Plus récemment, il a qualifié de « dégénérés » d’autres journalistes, du Monde et de Libération cette fois, coupables d’avoir signé un livre enquête sur le fonctionnement interne de LFI. Il a également comparé le président de l’université de Lille au nazi Adolf Eichmann, logisticien zélé de la solution finale. Ou encore assimilé son ex-compagnon de route, le député PS Jérôme Guedj, à un chien, lui reprochant de « couiner [et] s’agiter autour du piquet où le retient la laisse de ses adhésions »… La liste est infinie, et on peut en dresser une aussi longue pour chacun et chacune de ses clones aboyeurs.

Faut-il être surpris ? Pas vraiment. Au fond, c’est cohérent de la part d’un sous-Trump d’extrême gauche qui défend la liberté d’expression mais veut museler les journalistes qui ne lui sont pas totalement affidés, qui fait vibrer le mot « démocratie » dans chacun de ses discours tout en chantant les louanges de Poutine et Xi Jinping, qui dénonce le racisme mais considère que les « musulmans » sont tout juste bons à servir d’esclaves à des barbus totalitaires et obscurantistes, qui prétend combattre l’extrême droite en n’espérant qu’une chose : qu’elle reste son unique adversaire. Chez Mélenchon, rien n’est sincère, tout est stratégie. On remarquera d’ailleurs que, dans cette affaire, LFI a porté plainte pour « injures », et non pour « diffamation »… Crainte du verdict concernant certains qualificatifs ?

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