La laïcité contre les fake news

1 week ago 33

Les anniversaires commé­moratifs mettent en géné­ral tout le monde ­d’accord : l’événement que l’on ­célèbre est un jalon essentiel de l’Histoire, l’individu dont on salue la mémoire fut un être hors du ­commun. Il existe toutefois quelques exceptions. Le 120e anniversaire du vote de la loi du 9 décembre 1905 sur la laïcité devrait en faire partie. Il est fort probable que l’on entende, de la part de commentateurs politiques, intellectuels ou médiatiques divers, des avis définitifs sur une loi trop ceci ou pas assez cela, agrémentés des qualificatifs de rigueur censés étayer leurs propos : « liberticide », « rigide », « islamophobe », « discriminatoire », quand il s’agit de la dénoncer ; « ouverte », « inclusive », « positive », « apaisée », « plurielle », quand on veut lui retirer tout sens et toute portée. Nous y sommes désormais habitués. La laïcité – sans adjectif -, bien qu’inscrite dans la Constitution, ne va malheureusement plus de soi pour beaucoup, beaucoup trop de citoyens et d’acteurs de la vie publique. Par rejet de principe, par ignorance, par calcul pervers, par déroute intellectuelle ou par lâcheté.

C’est particulièrement ennuyeux quand cela touche des journalistes, à plus forte raison quand ils œuvrent dans des médias publics ou des journaux dits « de référence ». Le journalisme, au même titre que l’enseignement et la recherche scientifique, est une discipline laïque. Il repose sur des faits, soigneusement vérifiés et recoupés. Aux affirmations péremptoires, il oppose le contradictoire. Il respecte les convictions, mais se tient à l’écart des dogmes. C’est du moins ce qu’on enseigne dans les écoles de journalisme. En revanche, de toute évidence, on n’y étudie pas la pensée laïque. C’est bien dommage. Car lutter contre la désinformation, c’est lutter contre l’irrationnel, contre la croyance en des « vérités » immuables. La liber­té de la presse n’existe pas dans les théocraties. D’ailleurs, le pape, en visite officielle en Turquie, n’en a pas dit un mot.

Les faits avérés, rien que les faits avérés

Contrairement à ce que prétend une fake news trop communément reprise et admise, la laïcité ne s’oppose pas à la foi – d’ailleurs, des laïques sincères y succombent, trouvant sans doute dans ce doudou mystique un certain réconfort et des réponses simples à des questions compliquées. Elle la tient juste comme une affaire strictement privée et place la raison au-dessus des croyances, des superstitions et des fables. Philosophiquement, elle pose comme principe que Dieu est une idée comme une autre, que l’on peut librement embrasser, mais aussi rejeter, contester, moquer ou combattre, dans le respect des lois. Lesquelles lois ne peuvent en aucun cas s’appuyer sur de prétendus commandements édictés par des divinités extravagantes et souvent malveillantes, dont l’existence n’est, après des millénaires d’invocations magiques et de sanglantes campagnes de propagande, toujours pas attestée.

Les faits avérés, rien que les faits avérés, donc. Les sociétés humaines, si elles veulent avancer et prospérer, doivent écarter du champ de l’organisation politique et sociale les élucubrations religieuses et leurs prétentions de contrôle absolu sur les actes – jusqu’aux plus quotidiens – et les esprits des individus. L’Histoire et l’actualité démontrent que le totalitarisme et l’obscurantisme sont intrinsèques aux religions. La laïcité, qui autorise bien plus qu’elle n’interdit, est un barrage républicain avant la lettre.

Barrage qu’il faut préserver à tout prix. Selon une étude de l’Insee publiée en 2023, 51 % des Français se déclarent sans religion. C’est pile ce qu’il faut pour remporter le second tour de l’élection présidentielle. Les athées sont le premier parti de France. Mais personne ne leur demande leur avis. Pire, ils sont sommés de la fermer. Le parti politique qui leur redonnera la parole devrait par conséquent avoir quelques chances de décrocher la timbale en 2027.

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