Charlie Hebdo : Le blé occupe-t-il toujours une place prépondérante dans l’agriculture française ?
Sébastien Poncelet : Oui ! Encore aujourd’hui, il reste la principale culture en termes de surface cultivée en France. Pour donner un ordre d’idées, cette année, près de 4,6 millions d’hectares de surfaces agricoles ont été semés en blé, sachant que l’ensemble des cultures (céréales, oléagineux, betteraves, pommes de terre ou encore maïs) représente 13,3 millions d’hectares sur tout le pays. C’est donc plus d’un tiers des sols cultivables. Si on privilégie le blé, c’est pour une raison simple : on peut en faire pousser quasiment partout. Il convient aussi bien aux très bonnes terres qu’aux mauvaises, aux climats humides qu’aux climats secs. Si, historiquement, on associait le blé à la Beauce parce que c’était une grande région céréalière, les surfaces en blé se sont développées partout. Aujourd’hui, le premier département producteur en volume, c’est la Somme, qui a détrôné, de peu, l’Eure-et-Loir.

Comment expliquer, malgré les volumes, que ce ne soit pas rentable pour les agriculteurs ?
Malheureusement, les prix sont inférieurs aux coûts de production. Et c’est particulièrement vrai en France. La tonne de blé vendue dans le port de Rouen, l’un des plus grands ports d’exportation français, vaut actuellement 204 euros. Il manque environ 20 à 30 euros par tonne pour commencer à rémunérer les producteurs. Et pourtant, le mythe du producteur de blé qui roule sur l’or a la vie dure. Ce qui n’est plus du tout vrai aujourd’hui, les agriculteurs sont désormais totalement tributaires des marchés internationaux. Jusqu’au début des années 2000, le marché européen bénéficiait de prix garantis qui permettaient une certaine rentabilité. Ces mécanismes ont été démantelés au profit d’une concurrence internationale très rude. La Russie et l’Ukraine représentent actuellement plus d’un tiers de son commerce à l’échelle du globe. C’est pourquoi le prix du blé français dépend avant tout de l’équilibre mondial. Cette année, même si la France a sans doute perdu un peu de production avec la canicule, les prix n’ont quasiment pas bougé parce qu’on attend d’excellentes récoltes en Russie. Quand un producteur sème son blé au mois d’octobre, il ne sait pas si, neuf mois plus tard, sa récolte couvrira les charges engagées. Il est confronté à une double incertitude : celle de la météo, qui joue sur le rendement, et celle des marchés internationaux, qui fixent les prix.
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Vous parlez de la météo, le dérèglement climatique fait-il craindre une baisse de production pour les agriculteurs ?
On peut faire pousser du blé partout, mais, pour atteindre de gros rendements, il faut que la dernière phase de son développement se fasse sous des températures tempérées. En gros, au-dessus de 25 °C, les quantités commencent à diminuer. Cela n’empêche pas qu’on peut en produire dans des pays très chauds, notamment en Afrique du Nord ou au Moyen-Orient, mais il est clair que le dérèglement climatique réduit la productivité. Et, in fine, la rentabilité. Pour ce qui est de la canicule de ces derniers jours, les conséquences vont être modérées, car la majeure partie de la récolte était arrivée à maturité. Ce qui inquiète vraiment, ce sont le maïs et le colza, qui sont à cette période en pleine croissance.
Propos recueillis par Étienne Le Page
4 days ago
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