Les caprices du pénis : entre savoir et magie

7 months ago 36

Il y a, certes, beaucoup de mystères dans le sexe. Chez l’homme, le mystère no 1 est bien celui de l’érection. On en fait depuis toujours le symbole de la virilité, et pourtant, l’acteur principal n’en fait vraiment qu’à sa tête (de gland) : il ne répond pas toujours quand on le souhaiterait, et se dresse parfois indécemment quand on ne lui a rien demandé. C’est à n’y rien comprendre.

Rien d’étonnant, donc, à ce que l’érection ait longtemps été attribuée aux pouvoirs de forces occultes. On a d’ailleurs retrouvé des plaquettes incantatoires en Mésopotamie, datant de près de deux mille ans avant notre ère et adressées aux dieux de la Bandaison. Cependant, pour avoir la gaule, il est plus efficace d’avoir des pensées salaces – que la religion réprouve – plutôt que de s’adresser au ciel.

On peut aussi faire appel à la science… Sauf que celle-ci n’a pas toujours été utile. Au ive siècle avant J.-C., le médecin Hippocrate pensait que le pénis était relié aux testicules par des cordes qui permettaient de le hisser via un système de poulies. Ce système fonctionnait peut-être pour décharger les bateaux, mais pas pour charger les braquemarts. Version différente pour le médecin de l’Antiquité gréco-romaine Galien : il imaginait que le pénis se gonflait à la façon d’un ballon, par le biais d’un souffle d’air baptisé « pneuma », sorte d’esprit vital qui aurait animé l’ensemble de l’organisme. Un mélange de raison et de magie qui n’avançait pas à grand-chose.

Ces conceptions n’évolueront pas durant des siècles, et il faudra attendre la Renaissance pour que la vérité éclate, grâce à un homme qui n’était pourtant pas un médecin : Léonard de Vinci. On sait tous qu’il a peint La Joconde. On sait moins qu’il s’est aussi intéressé à la bite. Il en a effectivement dessiné un petit paquet, parfois en coupe et même en situation de pénétration vaginale. Pour comprendre la mécanique de la chose, il ne se contentait pas de spéculations, mais étudiait des cadavres disséqués. Ainsi, en 1477, il a assisté à une pendaison publique et, comme cela arrive dit-on assez souvent, il s’est avéré que le pendu bandait.

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Léonard a découvert que son gland (pas le sien, celui du pendu) était très rouge, et il en a déduit que l’érection était due à un afflux de sang. Bien vu, mais ça ne résolvait pas le problème no 1 : comment pallier les défaillances de la machine ?

Depuis l’Antiquité, les médecins ont proposé toutes sortes de recettes, plus ou moins farfelues et le plus souvent sans fondement scientifique. Hippocrate attribuait l’impuissance à une pratique trop intense de l’équitation (ce qui n’a jamais été prouvé, quoique des études sérieuses aient montré que le cyclisme à haute dose impacterait la virilité). On conseillera aussi tout un tas de mets soi-disant bandants : du miel, diverses mouches ou de l’holothurie, concombre de mer qui a le malheur de durcir instantanément au moindre contact (ça fait rêver). Mais la médaille revient à un certain magistrat nommé Pierre de Lancre. Dans un recueil publié en 1622, c’est-à-dire en pleine période de chasse aux sorcières, il attribuait l’impuissance à l’action de démons responsables d’« une obturation des vagins ». On en revient finalement aux grands classiques : c’est la faute de la femme !

Pour trouver un peu plus de raison, il faudra attendre le xviiie siècle. À cette époque, le médecin suisse Albrecht von Haller a été le premier à comprendre que Popaul se dresse sous le contrôle du système nerveux central. Autrement dit, du cerveau. C’était en quelque sorte la préfiguration de l’idée qui sera plus tard magnifiquement résumée par Georges Brassens dans sa chanson Fernande, lorsqu’il reconnaît : « Quand j’pense à Lulu/Là je ne bande plus/La bandaison, papa/ça n’se commande pas. »

La découverte du viagra

En vérité, la plus grande découverte sur la bistouquette a été faite par hasard. Au milieu des années 1990, des scientifiques tentaient de soigner l’angine de poitrine en étudiant une molécule, le sildénafil. C’est alors qu’ils ont eu la surprise de constater un effet pour le moins inattendu sur leurs patients, et qui ne se situait pas au niveau des poumons, mais bien plus bas : ils avaient la trique. Cela a donné le Viagra. Belle illustration du phénomène de sérendipité, qui consiste à faire une découverte inopinée en cherchant tout autre chose. Preuve que l’innovation est comme la bandaison : ça ne se commande pas toujours.

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Quand on s’intéresse au pénis, il y a la dureté, mais aussi évidemment la taille. Une multitude de méthodes ont été, et sont parfois toujours, proposées dans l’espoir d’augmenter celle-ci : y accrocher des poids, le placer dans une pompe à vide, lui injecter de l’acide hyaluronique… Il faut quand même rappeler que les gros zobs n’ont pas toujours été valorisés. Chez les anciens Grecs, il était paraît-il mieux vu d’en avoir un pas trop gros, car le surdimensionnement pénien était considéré comme un signe de débauche.

La science aurait toutefois découvert qu’il s’allonge avec les années. Attention, on ne parle pas du pénis d’un même homme qui s’allongerait en vieillissant (c’est le cas des oreilles et du nez, mais malheureusement pas de la verge). Non, on parle ici de pénis de différents hommes à différentes époques. Une équipe internationale de scientifiques de plusieurs universités américaines et italiennes a analysé un grand nombre d’études portant sur les zguègues de plus de 55 000 hommes dans différentes régions du monde, et à différentes périodes. Ils en ont déduit qu’entre 1992 et 2021 la longueur de la bite en érection aurait augmenté d’environ 3 cm, passant de 12 à 15 cm en moyenne1 (la cause est inconnue, on soupçonne un effet des perturbateurs endocriniens).

Con comme une bite

Des travaux qui restent évidemment à confirmer, et la prudence s’impose si l’on ne veut pas allonger encore la liste des conneries qui ont été proférées sur le sujet. Dans cette catégorie, certains méritent une palme : ce sont les chercheurs qui ont étudié la relation entre la taille de la biroute et… l’intelligence. Notamment Cuntong Wang et Yihe WangDing, de l’Université centrale de finance et d’économie de Pékin. Dans une étude parue en 2024, après avoir analysé les mensurations masculines dans 139 pays, ils concluent que « les hommes avec des pénis plus courts ont des scores de QI plus élevés2 ». Et, bizarrement, ça tombe bien, car ces travaux sont signés par des chercheurs asiatiques, qui s’avèrent les moins bien membrés… et donc les plus intelligents (à l’autre bout de l’échelle, les plus stupides et mieux membrés seraient les Africains, les Européens se situant dans une position médiane).

On dit d’une personne stupide qu’elle est « con comme une bite ». Il est vrai que cet organe fait faire beaucoup de conneries aux hommes (et, parité oblige, parfois aussi aux femmes), mais il faut admettre qu’il leur en fait dire aussi beaucoup.

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