Cette turbulente visiteuse fait souvent irruption aux alentours de 14 ans : la crise d’adolescence. Il s’agit alors, pour bon nombre de boutonneux, de se construire en tant qu’individus en s’affranchissant de la vision familiale du monde – quitte, provocation oblige, à en prendre systématiquement le contre-pied. On imagine ainsi sans peine des enfants de la bourgeoisie financière s’encagouler dans des manifestations anticapitalistes ou des fils d’universitaires distingués renier leur patrimoine culturel pour s’improviser influenceurs dans des pétromonarchies du Golfe. Mais, franchement, qui aurait pu imaginer que l’arrière-petite-nièce du général de Gaulle roulerait pour le clan Le Pen ?
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Elle s’appelle Virginie de La Fresnaye. Mais avant d’épouser Guy André de La Fresnaye, exploitant forestier au patronyme délicieusement fin de race – on y entend presque tousser le dernier lévrier dans un château humide –, elle s’appelait donc… de Gaulle. Et la voilà bombardée troisième sur la liste de Marie-Caroline Le Pen, fille aînée du fondateur du parti à la flamme, pour les élections sénatoriales, prévues fin septembre. Une « illustration de l’union nationale » voulue par son camp, s’enthousiasme Marie-Caroline. Un « symbole » même, alors que son paternel, feu Jean-Marie Le Pen déclarait encore, pas plus tard qu’en 2018, que l’homme de la France libre « rest[ait] une horrible source de souffrance pour la France ».

De son côté, Virginie, réélue maire sans étiquette de Courcelles-la-Forêt (Sarthe), 400 habitants, en mars dernier et sous le patronyme de La Fresnaye, assume désormais l’utilisation de son nom de jeune fille à des fins politiques : ce serait « un engagement personnel », expliquait-elle à nos confrères du Maine libre, assurant avoir rejoint la formation politique d’extrême droite car ils « répondent aux agriculteurs », ont des convictions – ça, on n’en doutait pas –, et sont présents sur le terrain. Mais qui est le con qui l’a convaincue de se lancer en politique ?
On regrette déjà la grande époque où Virginie de Gaulle se tenait loin de la chose publique. L’arrière-petite-nièce du fondateur de la Ve République officiait alors seulement comme sophrologue, à Angers, spécialisée dans la gestion du stress, du sommeil et des émotions. Et si tout le monde convient que cette pseudoscience mêlant exercices de respiration et pensées positives n’a guère plus de vertus thérapeutiques démontrées qu’un morceau de sucre administré à un tuberculeux, force est de constater qu’à l’époque, au moins, sa capacité de nuisance était limitée par son agenda Doctolib.
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Reste que ce n’est pas la première fois que le nom de De Gaulle est associé à celui de Le Pen. En 1999, Jean-Marie Le Pen avait placé Charles de Gaulle, petit-fils du Général, sur sa liste pour les élections européennes. À l’époque, plusieurs membres de la famille, visiblement plus en phase avec leur héritage que le félon, se sont publiquement opposés à ce rapprochement dans une tribune parue dans Le Monde et sobrement intitulée : « Non ! ». Vingt-sept ans plus tard, Virginie rejoue le match. On attend désormais le communiqué des descendants : « Charles, au secours ! »
1 month ago
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