Ordre des médecins : en Moselle, la balance penche du côté des complotistes

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Médecin réanimateur à l’hôpital de Metz-Thionville, le Dr Damien Barraud a fait de la lutte contre les « fausses sciences » son cheval de bataille. Au moment du Covid, il croise le fer sur les réseaux sociaux avec des partisans du Pr Raoult, qui prônait l’hydroxychloroquine, ainsi qu’avec des antivax. Il se prend en retour une vague de harcèlement, des insultes, des menaces de mort… Et lui aussi s’y met. La grande cour de récré que sont devenus les réseaux sociaux voit parfois de justes causes défendues avec trop d’emportement. « Ça a dérapé, je ne vais pas me cacher derrière mon petit doigt », reconnaît Barraud.

« Merci de rédiger vos directives anticipées […], je me ferai un plaisir de vous regarder étouffer avec les yeux sortant des orbites », avait-il par exemple lancé à ceux qui défendaient l’hydroxychloroquine, après que ceux-ci l’eurent traité de « nazi ». Ambiance. Il retire son tweet, trop tard. L’un d’entre eux, cofondateur du site BonSens.org, porte plainte contre lui auprès de l’ordre des médecins de la Moselle, son département. Précisons que BonSens.org, créé en 2020, est répertorié parmi les sites complotistes covidosceptiques par Conspiracy Watch, et se situe proche de la galaxie conspirationniste de France-Soir. Une conciliation est proposée avec le conseil de l’ordre, elle est refusée par le médecin. La plainte est alors transmise à la chambre disciplinaire au niveau régional.

Mais l’ordre des médecins de la Moselle ne se contente pas de transmettre la plainte. Il s’y associe, ce qu’il n’était pas obligé de faire. « Incroyable de voir l’avocat du conseil de l’ordre assis aux côtés des pires complotistes d’extrême droite », déplore-t-il. Le médecin vient d’être condamné à une interdiction d’exercer de trois mois, dont un mois ferme. Auparavant, il avait reçu un avertissement et un blâme, notamment pour avoir qualifié de « charlatan » un collègue qui prônait l’hydroxychloroquine. En 2018 déjà, il s’était fait taper sur les doigts par certains confrères, pour avoir signé une tribune appelant à dérembourser l’homéopathie. À croire que le conseil de l’ordre préfère la préservation de la confraternité à la lutte contre les fausses sciences.

Une ampleur nationale

Sa condamnation fait des remous chez les médecins. Le 18 juillet, une centaine de soignants, dont l’ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn, ont cosigné dans Le Point une tribune pour dénoncer des « institutions ordinales qui deviennent les relais d’un harcèlement ». Également parmi les signataires, Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch : « Il n’y a pas beaucoup de médecins qui montent au créneau pour apporter la contradiction aux complotistes. C’est incroyable de voir le conseil de l’ordre se joindre à eux. La sanction est violente, même si ses propos sont condamnables, le contexte aurait pu être pris en compte, le fait que Damien Barraud était poussé à bout. »

L’affaire prend décidément une ampleur nationale : le Conseil national de l’ordre des médecins (Cnom) s’est fendu d’un communiqué, où l’on peut lire entre les lignes qu’il conteste ses échelons inférieurs. « Dorénavant, l’ordre des médecins sera intransigeant envers toute organisation ou individu menant des campagnes de harcèlement contre des médecins, notamment par l’instrumentalisation de procédures disciplinaires, juridiques ou via les réseaux sociaux », promet l’instance. Deux autres plaintes de deux membres de BonSens.org ont été déposées auprès de la chambre départementale du conseil de l’ordre à l’encontre de Barraud. À voir, cette fois-ci, comment l’instance réagira.

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