Peine alourdie pour le dernier accusé de Mazan

7 months ago 65

Pari perdu pour l’accusé. Condamné à neuf ans en première instance, il écope d’un an de plus en appel. À aucun moment durant ces quatre jours, Husamettin D. n’a réussi à être convaincant. Ses derniers mots étaient conformes à son attitude tout au long de ces quatre jours de procès : « J’ai jamais voulu faire du mal à cette dame ». Des regrets, mais aucune prise de conscience. Pour mémoire, les 49 autres accusés de l’affaire Mazan avaient été condamnés en première instance à des peines allant de trois ans de prison, dont deux avec sursis, à 15 ans pour un homme venu à six reprises au domicile du couple à Mazan. Dominique Pelicot avait eu la peine maximale pour viols aggravés, soit 20 ans.

Un peu plus tôt, l’avocat général Dominique Sié avait requis 12 ans de prison, comme en première instance. « Avec le recul, avec le positionnement de Monsieur D. avec toute sa rigidité, cette peine de 12 ans reprend toute son acuité », a-t-il dit. Il s’est dit « désespéré » par son positionnement. L’avocat général a aussi insisté sur la « domination masculine qui touche tous les milieux », qui est « universelle ». « C’est ce qu’on appelle la culture du viol. La honte doit changer de camp, la société dans son ensemble doit changer de prisme. »

Il est revenu sur le niveau intellectuel de l’accusé. Il est vrai qu’il manifestait une incompréhension devant certains mots et sa réflexion ne semblait pas fluide. La maîtrise du langage pour s’expliquer devant une cour est cruciale, et nous semble être une forme d’inégalité face à la justice. Mais l’accusé général a balayé l’argument intellectuel, du moins concernant la situation dans la chambre de Pelicot, citant le psychiatre Laurent Layet, qui l’avait expertisé : «La compréhension de ce type de situation n’a rien à voir avec le niveau intellectuel », avait dit l’expert. « Heureusement que la compréhension du respect du corps de l’autre, ça ne s’apprend pas à l’université », ajoute l’avocat général.

Intention contre préméditation

Quant à la la fameuse absence « d’intention » de violer, l’avocat général dénonce à nouveau la confusion entre « intention » et « préméditation ». Car l’accusé n’est pas allé à Mazan avec l’intention de violer Gisèle Pelicot, c’est une certitude. Mais l’accusé n’est pas jugé pour un acte de préméditation souligne-t-il. « L’intention se juge au moment de l’acte. Est-ce qu’au moment de la pénétration, Husamettin D. avait conscience ou pas du défaut de consentement de Madame Pelicot ? On ne peut pas, en 2025, considérer que parce qu’elle n’a rien dit, elle était d’accord. Car là on se situe dans un mode de pensée d’un autre âge ! », s’est-il emporté.

« Quelle est la marge pour le libre arbitre quand on est manipulés ? », a soutenu pour sa part l’avocate de la défense, Me Mainvielle, martelant les divers éléments de cette stratégie selon laquelle son client était manipulé par Dominique Pelicot. Par exemple, l’accusé pensait avoir discuté sur le site Coco avec Pelicot mais aussi avec sa femme, et avait reçu des photos d’elle dénudée : tout pour faire croire à un scénario libertin. Elle souligne la difficulté ensuite à s’en extraire une fois dans la chambre, en raison de « l’emprise » de Dominique Pelicot. « Monsieur D. ne pouvait pas lutter contre Dominique Pelicot, pas plus que Gisèle Pelicot ». Elle attire l’attention de la cour sur la maladie auto-immune qu’aurait développée l’accusé après le choc de l’affaire. L’autre avocat de la défense, lui, se lance dans un show de « ténor du barreau ». C’est sa réputation sur Montpellier. « Dans libertin, il y a liberté : tout est envisageable, tout est transgressable », lance-t-il. Il rappelle que les 12 ans de réquisition auraient placé Husammettin sur le même plan que Jean-Pierre M, qui en première instance avait été condamné à cette peine, alors que les faits qui lui étaient reprochés étaient plus graves : lui-même avait violé sa femme après l’avoir drogué et avait voulu la faire violer par Dominique Pelicot.

Que retenir de ces quatre jours d’audience ? Encore une fois, rappeler que l’accusé avait le droit de faire appel, et c’est heureux dans un contexte d’une certaine pression sociale et médiatique, en ces temps où les droits de la défense sont parfois remis en cause. Mais on peut déplorer que le processus judiciaire ne lui ait pas permis de prendre conscience de ce qu’il a commis. C’est une audience qui aura aussi permis d’acter d’un risque de « victimisation secondaire » de la victime Gisèle Pelicot, avec la décision de ne pas passer certaines images demandées par la défense, car n’ayant pas de lien direct avec les faits. Il ne s’agit pas d’affaiblir les droits de la défense, mais de les réguler, dans le respect de directives souvent trop méconnue, comme la Convention d’Istanbul. Peut-être un grand débat sociétal et juridique à venir.

Nul doute que ce n’est pas le dernier procès qui tourne autour de Dominique Pelicot. Il y aura ceux des cold case, pour lesquels il pourrait être poursuivi pour meurtre. On l’a vu sortir de ses gonds à l’audience quand les avocats de la défense ont osé les évoquer. Et puis, on se demande combien d’émules il a fait. Combien sont-ils à avoir usé de soumission chimique comme ultime arme de déshumanisation pour violer ? Le jour même de ce verdict, on apprend qu’un homme sera bientôt jugé à Lyon, pour avoir drogué et violé sa femme, après avoir pris conseil… auprès de Dominique Pelicot. Combien d’autres ?

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