Pour sauver les meubles, Les Patriotes de Philippot misent sur le complotisme

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Les Patriotes, le microparti dirigé par Florian Philippot, bougent encore. Dix ans après sa création, le mouvement du Frexit n’a plus d’élus nationaux, régionaux et européens et ne gère que deux petites communes : le village haut-marnais de Brachay, d’où Marine Le Pen partait pour son « tour de France des oubliés » et Harfleur (8 200 habitants), dans l’agglomération du Havre. Et encore, le tribunal administratif ayant annulé le scrutin le 29 Mai, il faudra attendre la décision d’appel pour savoir si cette petite victoire est définitive.

Les Patriotes végètent, sans espoir de se refaire politiquement. Financièrement, par contre, la boutique se porte bien : plus de financements publics depuis 2024 (le montant n’était, cette année-là, que de 198 000 euros), mais des dons, beaucoup, soit environ 2 millions en caisse. Si les particuliers donnent, c’est parce que le souverainisme s’est accompagné, depuis le Covid-19, d’un tournant confusionniste et complotiste qui va se mettre en scène le 12 septembre dans ce qui tient lieu d’université de rentrée du mouvement : les Assises de la souveraineté, qui se tiendront modestement à Saint-Laurent Blangy, juste à côté d’Arras (Pas-de-Calais).

Bien que le visuel de l’événement comporte une croix de Lorraine, on ne voit rien de gaulliste dans le panel des invités, si ce n’est, il y a longtemps, l’engagement de Nicolas Dupont-Aignan et le journaliste chevronné Éric Branca, le seul à avoir écrit de bons livres sur la Vème République. Philippot a convié ses deux amis souverainistes de droite, Philippe de Villiers et Jean-Frédéric Poisson, représentant la famille catholique conservatrice. Ce dernier était troisième sur la liste conduite par l’ancien numéro 2 du RN aux européennes de 2014 sous l’intitulé « L’Europe, ça suffit ! » et dont les colistiers malheureux (0,93 % des voix) constituent un gros vivier d’intervenants, avec l’ancienne journaliste Myriam Palomba, l’antivax Marc Doyer et le président du Cercle Aristote, Pierre-Yves Rougeyron.

Rassemblement de complotistes et d’antivax

Comme le nombre de voix des Patriotes était, en 2024, de 229 190, Philippot doit trouver les moyens de gérer sa boutique en élargissant sa clientèle pour espérer, aux législatives de 2027, dépasser la barre des 1 % des suffrages exprimés dans 50 circonscriptions afin de recevoir de nouveau la manne publique. Ce qui ne lui permettra pas de redevenir un acteur politique qui pèse (sauf en piquant des voix au RN) mais lui fera un budget plus confortable, ce qui semble bien être l’objectif essentiel de ce qui est à la fois un fan-club et une « boîte » de création d’événements.

C’est pourquoi vont converger vers Arras les magazines de droite, les influenceurs et les animateurs de chaînes de télévision sur le web. Chacun y trouve son compte : Les Patriotes attirent vers eux des abonnés des médias en question et ces derniers recrutent de nouveaux lecteurs et followers. Et l’audience de ces gens n’est pas mince. Alexis Poulin, chaîne YouTube Le monde moderne, 329 000 abonnés ; Eric Morillot, chaîne Les incorrectibles, 356 000 abonnés ; Juan Branco, oui, celui qui fut proche de LFI, 208 000 ; Paix et Guerre, chaîne de la géopolitologue pro-Russe Caroline Galactéros, un peu plus modeste 151 000 ; André Bercoff pour son émission quotidienne sur Tocsin TV, le média a, lui, 564 000 abonnés You Tube ; et le média de Nicolas Vidal, Putsch.

Tous ces amis des Patriotes, qui pourront sans doute aussi booster les ventes de leurs livres, ont en commun d’être des habitués de médias classés nettement à droite, de Sud Radio à TV Libertés et au trimestriel Omerta, dont le patron, Régis Le Sommier, sera de la partie (la chaîne YouTube du journal a 582 000 abonnés). Beaucoup des invités partagent une nette affection pour la Russie dans son conflit avec l’Ukraine. Certains continuent à exploiter le filon antivaccin (Marion Saint-Michel, Jean-Marc Sabatier, Marc Doyer). Tous, sous couvert de combattre la Macronie et le bloc central, décrivent un pays au bord de l’abîme, dirigé en sous-main par un « État profond » qui, après avoir menti sur les bienfaits de l’Europe, a aussi menti sur le Covid-19, sur l’urgence climatique, et désormais sur les ingérences étrangères.

Tout ceci ne redore pas le blason du souverainisme. Pasqua, Séguin, Chevènement, aujourd’hui Natacha Polony, n’ont jamais dérivé ni vers le complotisme, ni vers le confusionnisme. Comme ce sont hélas ces deux tropismes qui permettent de toucher le jackpot, Les Patriotes en ont fait les mamelles de leur survie.

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