Grosse actualité freudienne ce mois-ci. Cinéma, théâtre, livres : voilà de quoi passer l’été avec un petit bout de son psy, sans avoir besoin d’un robot de conversation.
En salle ces jours-ci, Freud. La dernière confession est un dialogue fictif entre le fondateur de la psychanalyse, juif athée, et C. S. Lewis, un écrivain britannique catholique.
Nous sommes en 1939, Freud a 83 ans, il a fui l’Autriche nazie pour se réfugier à Londres, il va bientôt mourir – il souffre d’un cancer de la mâchoire qui lui dévore la bouche depuis seize ans. Dans ses livres, il a soutenu que la religion est au choix une névrose ou un délire. C. S. Lewis lui rend visite pour le convaincre de l’existence de Dieu.
En anglais, le film s’intitule Freud’s Last Session, littéralement « la dernière séance de Freud ». En parlant de « confession », la version française du titre se teinte de religiosité. Un tantinet angélique, le film veut montrer que les deux hommes parviennent à accepter le point de vue de l’autre, sans pour autant y adhérer.
Anthony Hopkins est par moments impressionnant de ressemblance avec le vieux Freud souffrant, le visage mangé par le cancer. Mais il est trop agité, et parle tout le temps et très vite. Alors que chaque mot prononcé était une épreuve dans les derniers mois de Freud, gêné par une prothèse monstrueuse. La scène de cauchemar avec Freud la bouche sanguinolente est inutilement démonstrative. À plusieurs occasions, j’ai eu peur qu’Anthony Hopkins redevienne Hannibal Lecter, le cannibale du Silence des agneaux – qui avait lui aussi la bouche bardée de fer, façon muselière -, et qu’il se mette à boulotter son interlocuteur. Oui, Sigmund Freud était un bouffeur de curés.

Parier sur la parole
Dans le film, on aperçoit une réplique de la prothèse que Freud devait porter pour pouvoir continuer à parler et à manger, une sorte d’énorme dentier, que ses proches appelaient « le monstre ». À l’heure où la parole est si facilement écrabouillée par nos langages standardisés, robotisés, on ne peut que se réjouir de retrouver au cinéma l’homme qui a tant parié sur la parole. Allez voir le film, non sans avoir lu L’Avenir d’une illusion, ce grand livre écrit en 1927, où Freud soutient que la religion atrophie le cerveau des enfants – aujourd’hui, on préfère dire que ce sont les écrans qui sont responsables de cette atrophie, manière d’oublier que c’est aussi le discours religieux qui les abrutit1.
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Ça déborde

Et puis courez voir le très freudien Éric Feldman : dans son spectacle On ne jouait pas à la pétanque dans le ghetto de Varsovie, « stand-up théâtral d’art et d’essai », il parle de ses parents, enfants cachés, survivants de la Shoah. Éric Feldman évoque Isaac Bashevis Singer ; son approche me rappelle aussi le grand écrivain Edgar Hilsenrath, qui le premier avait écrit une farce à propos de la destruction des Juifs d’Europe. Dans la vidéo teasing de son spectacle, Feldman est allongé sur un divan, il parle face caméra, il se demande s’il devra un jour revoir son psy, il est drôle, je vais le voir ce soir au Théâtre du Rond-Point, je vous raconterai. l
1. Sur ces questions, il faut lire également God & Golem Inc., de Norbert Wiener (Éditions de l’Éclat). Et puis le mardi 24 juin, à 19 h 30, à la librairie Tschann, 125, bd du Montparnasse, Paris 6e, je dialoguerai avec Frédéric Joly, auteur du formidable essai La Langue confisquée. Lire Victor Klemperer aujourd’hui (éd. Premier Parallèle), à l’occasion d’une présentation de mon opuscule sorti chez le même éditeur, L’Inconscient inculqué à mon ordinateur, un texte né dans les pages de Charlie. Nous parlerons de ce que nos machines font à la parole.
11 months ago
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