Étonnant Bally Bagayoko qui, le 8 août, se félicitait de la visite du pape Léon XIV dans sa ville de Saint-Denis, le 25 septembre prochain. Les éléments de langage de son message combinaient un aveu de fierté personnelle de recevoir le chef de l’Église (« Très peu de maires auront, au cours de leur mandat, l’occasion d’accueillir sur leur territoire le chef spirituel de plus d’un milliard de catholiques à travers le monde »), une maîtrise exacte du vocabulaire ecclésiastique et un message politique (« Saint-Denis, terre des Rois et Reines de France, terre d’histoire, de mémoire, mais aussi et surtout terre d’un Peuple vivant, jeune, populaire et profondément divers »). Exit la « nouvelle France », place à la diversité, positivée, que certains jugeront inattendue de la part d’un élu LFI, par le rappel du rôle des catholiques, de leurs paroisses (quatre) et associations, dans l’éducation (il existe deux écoles privées catholiques dans la ville) et le social notamment.
Bally Bagayoko entre histoire et patrimoine
Que cherche l’édile dionysien en mettant au centre de ses préoccupations la visite pontificale, qui est une « veillée de prière », s’il vous plaît, avec des jeunes de 17 à 35 ans ? Son positionnement est-il purement personnel ou est-il le signe qu’à LFI le rapport à la religion catholique est plus complexe que l’anticléricalisme pur jus qui est son ADN ? Bally Bagayoko est musulman mais, reconnaissons-le, il n’en fait pas toute une affaire. Il se retrouve à la tête d’une ville qui abrite deux symboles du « vieux monde » : la cathédrale-basilique, où sont enterrés nombre de souverains français et que le pape ne visitera pas, et la maison d’éducation de la Légion d’honneur. Incorporer dans son récit l’histoire des rois et reines qui ont été inhumés ou sacrés à Saint-Denis, c’est quitter le terrain clivant de l’opposition entre « nouveaux Français » et « Français de souche ». Cela inscrit sa commune dans une continuité qui remonte aux premiers vestiges chrétiens qu’on y a identifiés et qui datent du Bas-Empire romain. C’est dire à ses administrés des cités, Français de première ou de deuxième génération : votre ville, c’est aussi ce qui existait avant les grands ensembles et que vous connaissez mal.
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LFI : farouche anticlérical
La relation de LFI avec l’Église consiste à la mettre à distance de l’espace public, voire à la combattre. La relation avec la foi, elle, est diverse selon les individus. Mélenchon, dans un entretien au journal catholique La Vie, assumait son éducation catholique, acquise avant Vatican II. Il s’affirmait matérialiste, mais connaissait bien les chrétiens progressistes, de l’époque où ils pesaient encore à gauche. Il dit : « La foi est une brûlure. Elle vous laisse des marques que vous gardez toute votre vie. » Il a conservé des principes moraux sécularisés devenus des projets politiques.
Bagayoko, parce qu’il n’a pas le même passé, ne peut guère parler de la foi catholique de la même manière. Mais précisément, il est sans doute mieux à même d’avoir une relation plus apaisée avec l’institution Église que son mentor. Comme son parcours ne fait que commencer, c’est une donnée à garder en tête que son discours actuel est celui d’une France des cités qui connaît mieux le rôle de l’église du village dans le passé commun, et qui le respecte. On est assez loin du petit père Combes. Ce qui confirmerait que, pour LFI, la laïcité est la seule question sur laquelle elle a abandonné la radicalité.
1 month ago
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