Samuel Paty. Cinq ans pour ne (presque) rien changer

7 months ago 59

Voilà déjà cinq ans qu’un professeur d’histoire-géographie s’est fait décapiter. En pleine rue, en France, par un jeune islamiste tchétchène convaincu d’agir au nom d’un Dieu tout-puissant. Deux ans qu’un professeur de lettres s’est fait poignarder à la gorge par un tout aussi jeune Russe d’origine ingouche, qui voulait imiter le premier. Et maintenant ? Comme pour Charlie, des communes ont inauguré des squares, des parcs, des rues et des ronds-points en leur donnant leur nom, histoire d’en faire des symboles. Des associations, comme Dessinez Créez Liberté, se rendent dans les classes, à portée de gifles, pour tenter d’initier la marmaille à la caricature de presse. Et pourquoi pas, soyons fous, à la liberté d’expression.

Mais les élus locaux et les associatifs ne peuvent pas tout. Contrairement à l’État, quoi qu’en disait un Premier ministre socialiste. Et, à première vue, nos responsables politiques semblent avoir pris la mesure du problème. La loi confortant le respect des principes de la République, adoptée en juillet 2021, a créé un « délit de mise en danger consistant à communiquer des informations relatives à une personne aux fins d’exposer celle-ci ou ses proches à un risque d’atteinte physique, psychologique ou matérielle ». Trois ans de prison et 45 000 euros d’amende, qu’un magistrat aurait pu coller aux deux agitateurs islamistes qui ont lancé la fatwa numérique contre Samuel Paty.

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Mieux : l’article 10 de cette même loi, également appelé « article Samuel Paty », est venu renforcer la protection du monde enseignant face aux discours haineux, en prévoyant que « le fait d’entraver, d’une manière concertée et à l’aide de menaces, l’exercice de la fonction d’enseignant est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende ». Ce n’est pas trop tôt : la République reprend ses droits à l’école. Mais comment expliquer alors cette augmentation du nombre de demandes (et d’octrois) de protection fonctionnelle pour les professeurs depuis l’assassinat de leur collègue ?

En 2022, ils sont 4 085 à avoir demandé cette protection de l’État, 5 264 en 2023. Soit une hausse de 29 %. Et une enquête de l’Éducation nationale nous apprend que, dans la moitié des cas (46,6 %), c’est par crainte de parents d’élèves que les professeurs sonnent l’alarme. On marche sur la tête : des lois, des associations, des discours, des minutes de silence et… encore et toujours des professeurs qui se pointent le matin avec la boule au bide à cause de géniteurs défaillants. Alors, bien sûr, du côté du ministère, on raconte que si les demandes de protection augmentent, c’est parce qu’ils ont bien communiqué sur ce dispositif et que, de facto, plus de monde pense à l’utiliser. Faites mieux, comme dirait l’autre.

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