Service militaire : sans fusil ni caserne, les appelés ronfleront dans la boue

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À tous les morveux acnéiques, petits princes du selfie et autres gringalets farcis à la testostérone : il semble qu’on vous cause. C’était sur LCI, le 18 octobre dernier. Le chef d’état-major de l’armée de terre était venu sonner le clairon en personne. Et ça, ce n’est jamais bon signe. D’autant qu’avec ces bruits de bottes qui résonnent de l’autre côté du continent tout le monde recommence à leur donner du « mon général », à nos grands chefs à plumes. Et à l’entendre, celui-ci envisagerait sérieusement de séquestrer à nouveau la jeunesse du pays dans ses usines à viande patriotique. Le retour du service militaire ? « La question se pose » ; « je n’exclus pas » ; « nous sommes à un point de bascule absolument majeur », tonnait-il.

Rassurez-vous, cependant : « À moins de faire vivre tous les jeunes conscrits dans des tentes pendant plusieurs mois, ce qui reste une option si l’exécutif jugeait la mesure vitale pour la nation, c’est matériellement impossible aujourd’hui », relativise Yohann Michel, chercheur à l’Institut d’études de stratégie et de défense (IESD). Il faut dire que depuis 1996, soit l’année où Chirac nous a fait grâce du service obligatoire, bon nombre de casernes ont été vendues – souvent pour 1 euro symbolique – aux collectivités locales. « Aujourd’hui, ces terrains sont devenus des entrepôts Amazon ou des friches pour rave-partys, et dans certaines grandes villes, comme à Lyon, on a transformé des forts en logements sociaux », détaille le spécialiste.

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Et, bien évidemment, les baraquements ne sont qu’une infime partie du problème que poserait la conscription de toute une classe d’âge. Il faudrait alors produire à échelle industrielle uniformes, fusils, véhicules, et surtout… former les encadrants. « Car si on utilise nos forces existantes, qui ne sont déjà pas forcément suffisantes pour nos missions actuelles, pour former les conscrits, on risque de casser la machine en essayant de tout faire à la fois, analyse-t-il. La vraie question qu’il faut se poser, c’est : est-ce qu’on veut faire en sorte d’être capable de mettre en place un service militaire d’ici cinq à dix ans. »

Bien sûr, pour éviter l’engorgement des casernes, il est également possible de mettre en place une conscription dite « sélective ». Plusieurs modèles sont alors possibles : « On peut imaginer un service exclusivement basé sur le volontariat, par exemple, ou alors obliger les appelés à choisir entre un service civique, qui ne nécessiterait pas d’infrastructures lourdes, et un service militaire », développe le chercheur. Mais quel blanc-bec sain d’esprit choisirait, plutôt qu’animer des ateliers pâte à modeler dans des hospices, de ­ramper dans la boue dix heures par jour ?

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