Profitant de leurs vacances loin des bancs inconfortables des amphithéâtres pour baisser la garde, les étudiants ne s’attendaient pas à un uppercut aussi direct. La menace de suppression de l’Aide personnalisée au logement (APL) est arrivée sans crier gare. Commandé par le gouvernement, ce rapport, repéré à la mi-août par Les Échos, préconise la révision du mode de calcul de l’APL en intégrant le revenu des parents. Problème : 200 000 étudiants risquent de perdre leur APL, et 310 000 foyers de recevoir des aides moins importantes si le gouvernement venait à suivre ce rapport. En plus de réformer les aides au logement, le rapport formule une dizaine de recommandations censées permettre de faire 4,2 milliards d’économies d’ici dix ans, dont 2,5 milliards d’euros « à court terme ».
Vers une perte d’indépendance financière
Rapidement, la nouvelle a provoqué la colère des syndicats étudiants. « Ce rapport est dangereux, parce qu’il ouvre une nouvelle fois les portes vers une nouvelle fragilisation des droits sociaux pour les étudiants », s’indigne Suzanne Nijdam, présidente de la Fédération des associations générales étudiantes (Fage) avant d’ajouter : « Le rapport esst censé porter sur « l’efficacité des politiques familiales ». Mais l’aide pour le logement n’a rien d’une politique familiale. C’est un droit universel qui est censé être un des seuls droits défamiliarisés. » L’inspection générale des finances (IGF) et des affaires sociales (Igas), à l’origine de ce rapport, ambitionnent de récupérer 550 millions d’euros aux dépens de l’indépendance financière de dizaines de milliers d’étudiants.
L’inquiétude grandit pour les étudiants comme Sacha, 21 ans : « J’ai un prêt sur le dos, je travaille déjà toute l’année à côté de mes études et pendant les vacances. Et cet argent me permet simplement de vivre, payer mes frais d’inscription, etc. Alors, si je perdais mon APL, je ne vois pas trop comment je pourrais réussir à continuer à étudier correctement. » En 2021, 700 000 foyers avaient au moins un étudiant qui bénéficiait de l’APL, pour un montant moyen de 200 euros par étudiant et un coût total de 1,65 milliard d’euros, selon le même rapport. Manon Moret, secrétaire générale de l’Union nationale des étudiants de France (Unef) peine à cacher son agacement. « Ce nouveau mode de calcul serait une perte d’autonomie et une précarisation pour les étudiants. Il y a un continuum de propositions, voire de politiques qui ont été mises en place depuis quelques années pour faire peser sur le dos des étudiants le désinvestissement de l’État. » Actuellement, les étudiants peuvent être rattachés au foyer fiscal de leur parent jusqu’à leurs 25 ans, mais les revenus des parents ne sont pas pris en compte dans le calcul de leur APL. « S’il y a des réformes à faire sur les aides au logement, c’est de les rouvrir aux étudiants étrangers et de les augmenter pour tous les étudiants, mais sûrement pas de les supprimer pour 200 000 étudiants », s’exaspère Manon Moret. Depuis le 1er juillet, les étudiants internationaux non boursiers qui ne viennent pas de l’Union européenne ne sont en effet plus éligibles à l’APL.
Une mise en danger de la réussite universitaire
« Quand on n’est pas boursier, la seule aide sociale qu’on touche, c’est l’APL. Cette perte pourrait contraindre des étudiants à se salarier à côté de leurs études, et potentiellement mettre en danger leur réussite » souligne la secrétaire générale de l’Unef. Un avis partagé par la présidente de la Fage : « Dans notre dernière enquête sur la question du logement des étudiants, on a plus de 50 % des étudiants à qui il reste moins de 200 euros après avoir payé leur loyer. Pour ceux qui ne sont pas boursiers, ça deviendrait tout simplement impossible à vivre. »
Corrélée à la perte d’indépendance financière, une situation inquiète particulièrement les étudiants et leurs syndicats. « Pour nous, c’est vraiment important que le gouvernement sache qu’en appliquant ce que préconise ce rapport, cela revient à faire sauter le dernier rempart pour des milliers d’étudiants dans des situations de rupture familiale », constate Suzanne Nijdam. Ce que confirme Sacha :« Ça fait un moment qu’on n’est plus en contact. Je n’ai plus d’aide de mes parents, depuis quelques années.» Étant étudiant dans une école de kinésithérapie privée de Rennes à 8 000 euros l’année, pour lui, chaque euro compte à la fin du mois. « Il me reste une centaine d’euros une fois mon loyer payé pour les loisirs, l’alimentation, les transports, etc. »
Faute d’aides financières, les étudiants pourraient mettre en péril malgré eux leur réussite universitaire. « Perdre ces aides contraindrait les étudiants à réduire d’autres dépenses, notamment celles liées à l’alimentation et à la santé. Et le problème, c’est que des étudiants qui ne sont pas en bonne santé, pas bien nourris, c’est une mise en danger de leur réussite universitaire » s’inquiète Manon Moret.
Politique anti-étudiants d’Emmanuel Macron
Pour les syndicats étudiants, ce rapport ne fait qu’illustrer le désintérêt de l’État pour l’enseignement supérieur. L’Unef a publié en août son enquête annuelle sur l’évolution du coût de la vie étudiante pour l’année 2026 et s’intéresse au bilan de dix ans de macronie. Les chiffres sont consternants. En dix ans, le coût de la vie étudiante a augmenté de 35,84 % et l’organisation étudiante constate une inflation de 30,4 % sur les produits alimentaires. Autre chiffre inquiétant : seulement 15,58 % des logements étudiants promis ont réellement été construits.
Face à ces menaces contre les étudiants, la riposte s’organise. L’intersyndicale de l’enseignement supérieur et de la recherche appelle à une journée de grève et de mobilisation le mardi 15 septembre 2026. « Nous attendons surtout que le gouvernement prenne ses responsabilités à ne pas inscrire cette mesure dans le projet de loi finances qu’il compte présenter et à ne pas encore sacrifier toute une partie de la jeunesse Au-delà même de la question de la précarité étudiante, c’est en train de devenir une question sociétale » annonce la présidente de la Fage.
1 month ago
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