Tendre justesse

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Allez voir, au 7, rue Taylor, dans le 10e arrondissement de Paris, juste à côté de la place de la République, l’expo­sition de photographies que propose l’Atelier Galerie Taylor jusqu’au 30 octobre. Deux photographes, Hervé Baudat et Angélique Boissière, s’y partagent les murs. À peine entré, vous voici comblé par le miroitement de ces noir et blanc qui rayonnent de douceur. D’un côté, Angélique Boissière multiplie les étincelants nus féminins, dont étrangement la peau voile l’érotisme, comme un vêtement de pudeur ; et de l’autre, Hervé Baudat capte des visages, en une collection de portraits qui vous imprègnent immédiatement l’esprit, en particulier ceux d’enfants qui posent, splendides et fiers, étonnés qu’on les comprenne si bien.

Le monde s’éclaire ainsi, à travers le corps des femmes que la lumière caresse ; ou à travers des yeux d’enfants qui savent qu’être farouche est l’autre nom de l’innocence.

Sur le mur de gauche, les nudités élégantes d’Angélique Boissière composent une partition de nuances immobiles où le noir et blanc qui estompe les épidermes semble chercher son gris de pluie dans l’écume de la mer qui lèche certains de ces corps. La brillance de ces nus vient d’une transparence à soi presque froide, qui déjoue l’attirance éventuellement sexuelle : ces nus se fondent avec l’eau qui les cerne.

Sur le mur de droite, le monde d’Hervé Baudat nous accueille avec ses fenêtres extasiées de lumière et ses champs d’herbes folles. Allez voir le portrait de ce vieil homme aux traits secs, qui a vu ce que vous n’avez jamais vu ; cette petite fille aux jambes croisées, qui trône comme une dame au milieu des herbes hautes ; cette femme de profil, à sa fenêtre, dont la grâce un peu tremblée s’évanouit dans une lumière cendrée de daguerréotype.

Le regard qui aime rejoint toujours celui des origines : il faut être un sorcier doux pour capter une telle sagesse un peu sauvage, pour faire apparaître la noblesse de la pensivité.

Il y a ainsi chez Hervé Baudat une justesse tendre, et même une bonté, dans cette compréhension qu’il développe pour les êtres qu’il croise.

Dans un de ses livres, il écrit : « Les visages vont de la vie à la mort, et reviennent, comme s’ils étaient sur une balançoire. Chaque portrait est un trait tiré. » On dirait du Rilke, et c’est vrai que ses visages photographiés semblent suspendus entre deux instants qui se confondent.

Est-ce notre lumière intérieure qui s’allume soudain lorsqu’un photographe nous regarde, ou est-ce lui qui au contraire nous en offre l’étincelle ? Si Angélique Boissière a donné pour titre à son exposition « Lignes et contours », c’est parce qu’elle sait combien les courbes donnent sa plasticité au monde. Si Hervé Baudat intitule la sienne « Dans une même lumière », c’est parce qu’il a vu que les éclats du regard composaient la vraie substance du temps.

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