Charlie Hebdo : Quel est l’intérêt pour une puissance étrangère de faire construire des parcs d’attractions en France ?
Alexandre Delaigue : Pour l’Arabie saoudite, il y a là deux objectifs distincts. Le premier consiste à renforcer un soft power déjà très présent, notamment via des investissements, ici dans l’événementiel, mais également dans le sport. Ce que fait par ailleurs le Qatar lorsqu’il rachète le club de foot du Paris Saint-Germain. Ensuite, il s’agit pour Mohammed Ben Salman de diversifier son portefeuille, afin de ne pas dépendre uniquement des revenus liés à l’exploitation du pétrole.
L’arrivée de ces nouveaux parcs en Île-de-France risque-t-elle de fragiliser ceux déjà implantés, tels que le Parc Astérix ?
Si ces nouveaux parcs attirent des visiteurs supplémentaires en Île-de-France, tant mieux. Mais le touriste qui vient de très loin pour passer deux semaines en région parisienne, s’il va dans un parc d’attractions, c’est de l’argent qu’il ne dépensera pas dans d’autres activités. Le risque n’est pas seulement de fragiliser les autres parcs déjà existants, mais bien de créer un effet de vases communicants dans le mauvais sens avec l’ensemble de l’économie touristique de ce territoire.

Le chantier sera mené par Qiddiya Investment Company, une filiale du fonds souverain saoudien dédié au divertissement, au sport et à la culture. À qui reviendront les bénéfices ?
Imaginons que l’Arabie saoudite prête de l’argent à une structure créée pour l’exploitation du parc, qui ensuite doit rembourser une somme à intérêt fixe. Le risque sera alors supporté par l’acteur local. En clair, en cas de difficultés financières, la structure peut faire du chantage à l’emploi afin de pousser les collectivités locales à réinvestir, ou bien réclamer des avantages fiscaux afin de maintenir son activité. C’est quelque chose qui arrive fréquemment.
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Quels sont les principaux enjeux économiques liés à la création et au maintien d’un parc d’attractions ?
L’économie de ce type de parcs ne se limite pas à l’investissement initial pour créer le parc. Il faut ensuite maintenir l’activité, ce qui demande des besoins de financements importants et récurrents. L’enjeu pour un parc d’attractions est de réussir à se renouveler afin que le public revienne. Le secteur des parcs est un secteur qui ne peut pas se contenter d’un investissement initial. Mirapolis, installé sur le site envisagé pour ce nouveau projet, n’arrivait plus à réaliser les apports financiers indispensables au renouvellement de ses attractions et à la reconquête de son public.
Les nouveaux parcs seront-ils rentables ?
Disneyland Paris, malgré une activité florissante, a une rentabilité très faible, voire négative, car toutes ses attractions contiennent de la propriété intellectuelle. Or ce même problème se poserait avec le parc d’attractions Dragon Ball, il devrait payer une redevance supplémentaire aux ayants droit des mangas en question. On pourrait tout à fait avoir un système dans lequel non seulement l’Arabie saoudite supporte peu de risques, mais où les ayants droit japonais reçoivent aussi des redevances pour l’utilisation de leur propriété intellectuelle, ce qui rajoute un risque sur la rentabilité du parc.
Propos recueillis par Névan Prévots
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