Tous à poil sur les écrans

1 month ago 90

Quand un journaliste veut avoir recours à une formule imagée pour parler du ministère de l’Économie et des Finances, il évoque la « forteresse de Bercy ». Il va falloir trouver autre chose. Car il s’avère que ladite forteresse est en fait une vraie passoire. On apprenait ainsi il y a quelques jours que le site de la Direction générale des finances publiques (DGFiP), autrement dit le fisc, avait été victime d’une cyberattaque d’envergure. 678 000 contribuables ont vu leurs données fiscales – nom, adresse, identifiant fiscal, revenu fiscal de référence, taux de prélèvement à la source… – piratées et revendues sur le Net. Le plus cocasse, c’est que Bercy ne s’est aperçu du vol que plusieurs semaines après, parce que les auteurs du piratage, un duo de hackers français baptisé ZeroBytes, l’ont revendiqué en ligne… Auparavant n’avait été détectée qu’une « compromission du compte d’un agent ». Mais tout est bien qui finit bien, puisque l’administration fiscale a contacté « les usagers concernés par l’incident » pour leur présenter ses excuses et leur conseiller d’être prudents. Ce qui est, ­convenons-en, très sympa.

Ne jetons pas la pierre au percepteur. En matière de blindage informatique, il est dans la moyenne des services publics. L’Éducation nationale a carrément été piratée à trois reprises depuis le début de ­l’année, dont tout récemment par le même duo de hackers, qui a moissonné des informations concernant 1,22 million d’élèves. Avant elle, ce fut l’Agence nationale des titres sécurisés (12 millions d’usagers impactés et autant de cartes d’identité, cartes grises, passeports et permis de conduire), l’Urssaf, le ­fichier national des comptes bancaires, des hôpitaux… Sans oublier le ministère de l’Intérieur, piraté en décembre 2025 par un jeune hacker qui a réussi à s’introduire dans plusieurs fichiers « sensibles » : traitement des antécédents judiciaires, personnes recherchées, Interpol…

Encore la dématérialisation

Le principal coupable serait le retard pris par l’administration publique en termes de renouvellement du matériel informatique. Pourtant, selon la DGFiP, 1,5 milliard d’euros ont été claqués à cette fin dans ses services ces trois dernières années. Seulement voilà, la technologie va plus vite que le vote du budget. La technologie – pour pirater – va même plus vite que la technologie – pour se protéger. Et c’est encore plus vrai avec l’avènement de l’IA.

Ouvrons une parenthèse de vieux con de ­boomer. Quand les informations confidentielles sur les usagers d’une administration ou d’un établissement public étaient encore sous forme de fiches en carton rangées dans un casier en bois ou en métal, personne n’imaginait cambrioler un hôpital ou une école pour piquer les archives. Et quand des malfrats braquaient une perception, c’était pour emporter la recette, pas les feuilles d’impôts des contribuables pour les recopier. Refermons la parenthèse et chaussons nos lunettes connectées modèle gen Z pour regarder le monde contemporain tel qu’il est.

Grâce à Internet, aux réseaux sociaux et à la « dématérialisation » érigée en dogme absolutiste, les données personnelles valent de l’or. Et, pour des millions et des millions de gamins à travers le monde, il suffit de se baisser sur son clavier pour les ramasser. Nos vies privées, fussent-elles les plus ­banales et les plus insignifiantes, sont devenues le plus juteux des marchés. La dématérialisation ne nous simplifie pas la vie, elle nous la pourrit. Selon le site d’information anglophone The Local, depuis le début de ­l’année, 43,4 millions de comptes ont été piratés en France… Une piste de réflexion pour les « sages » du Conseil constitutionnel la prochaine fois qu’ils devront se prononcer sur les libertés individuelles et les ­réseaux sociaux. Le droit à la vie privée est la première des libertés individuelles.

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