Trop acides, trop chauds, trop salés : qui peut encore sauver les océans ?

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Avant que l’on vienne y mettre notre grain de sel, l’océan était un truc sympa. Un truc beau, aussi. Mais d’abord et avant tout, un allié bien commode pour la régulation des cycles naturels de la Terre. Le hasard lunaire des marées, par exemple, contribue depuis des millénaires à brasser les eaux froides des profondeurs avec les eaux chaudes de surface, régulant ainsi le climat global. Surtout, l’océan est un puits de carbone naturel qui parvient à capter une partie du CO2 présent dans l’atmosphère grâce au cycle de vie de ces micro-organismes maritimes que l’on appelle phytoplanctons. Comprenez l’essentiel : les eaux stockent le CO2 dans leurs profondeurs et ça nous va très bien.

Sauf qu’en quelques décennies, l’océan est devenu une soupe artificielle. C’est une nouvelle étude franco-chinoise sur l’impact de l’homme sur les océans, publiée ce 25 novembre dans la revue Nature Climate Change, qui le confirme. Chargés d’analyser les quatre caractéristiques majeures de l’état des océans – à savoir sa température, sa salinité, son oxygénation et son acidification -, les chercheurs y concluent notamment que 30 à 40 % des couches supérieures de l’océan présentent déjà des changements importants d’au moins deux de ces quatre propriétés essentielles. Et ce, jusqu’à 1 000 mètres de profondeur. « Même les propriétés que l’on pensait stables réagissent rapidement », s’inquiète Lijing Cheng dans le communiqué de l’étude, professeur de l’Institut de physique atmosphérique de l’Académie chinoise des sciences.

Un peu de chaux dans l’eau

Trop chaud, trop salé, trop acide et pas assez oxygéné, le potage. Et, une fois n’est pas coutume, on le devrait au mode de vie infernal de l’homme, responsable d’une longue chaîne de causalité qui bouleverse l’équilibre des océans. Prenons les plastiques disséminés dans les eaux – en 2060, on devrait en compter 493 millions de tonnes d’après la dernière simulation en date. Non seulement ceux-là piègent régulièrement quelques poissons malchanceux, mais il altère surtout les précieuses bactéries Prochloroccus qui produisent l’oxygène par photosynthèse. Or cette désoxygénation des océans est l’un des moteurs du réchauffement des océans. Réchauffement lui-même accru par les vagues de chaleur provoquées et intensifiées par l’homme et dont l’une des conséquences est l’augmentation du niveau des océans. En 2024 d’ailleurs, d’après les mesures de la NASA, pour la première fois, le réchauffement de l’eau se plaçait en cause première de la montée du niveau de l’eau, derrière la fonte des glaciers.

Puis il y a cette acidité. Puisque les années records s’enchaînent, il faut rappeler qu’en septembre 2025 nous célébrions officiellement le franchissement de la 7e limite planétaire, cette acidification des océans. Plus 30 à 40 % d’augmentation depuis le début de l’ère industrielle. Pour le comprendre, une fois de plus, il n’y a qu’à s’en tenir à un simple schéma « cause-conséquence », qui fini toujours par s’alimenter lui-même. Car c’est bien la désoxygénation et l’absorption d’un trop-plein de CO2 émis dans l’atmosphère qui cause l’acidification. Acidification qui, elle-même, limite les capacités d’absorption de CO2 contenus dans l’atmosphère. Nous voilà donc arrivés au stade où deux siècles d’émissions et de pollutions incontrôlées sont parvenus à renverser un équilibre planétaire aussi vieux qu’il existe de l’eau et des organismes vivants sur Terre.

L’océan est une soupe infinie au goût éternellement insatisfaisant. Et il serait bien naïf de croire qu’un humain n’a jamais songé à la réajuster lui-même. L’homme est un chimiste. Un chimiste qui voudrait bien pouvoir continuer d’émettre au moins autant de CO2 qu’il en émet déjà. Mais un chimiste néanmoins. En octobre dernier encore, l’Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer) (Ifremer) faisait paraître des travaux sur l’hypothèse de « l’alcanisation » des océans. Il s’agirait alors d’ajouter des minéraux basiques dans l’eau, comme l’olivine, la chaux ou des carbonates, afin de diminuer l’acidité et ainsi augmenter sa capacité d’absorption du CO2.

Et il n’y a pas que ça. D’autres technos solutionnistes de la sorte tablent plutôt sur une méthode biologique qui consisterait à stimuler les phytoplanctons en les nourrissant d’oligo-éléments. Mais, çà et là, se murmure également quelques autres innovations à base d’algues, dont il suffirait de procéder à la culture intensive avant de les placer dans les profondeurs océaniques. Alors, bien sûr, tenter de creuser un peu plus le puits à carbone qu’est l’océan, grâce à quelques recettes de cuisine, ça vous réveille une foule de capitalistes prêts à investir ses crédits carbone dans le premier laboratoire qui saura satisfaire ses rêves de croissance infinie. Seulement, plusieurs contre-analyses fleurissent d’ores et déjà et pointent notamment le risque de productions de gaz à effet de serre secondaires comme le méthane ou le protoxyde d’azote. Lesquels contribuent au réchauffement climatique de l’atmosphère. Qui lui-même… Enfin, vous connaissez la suite.

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