Un catamaran français s’attaque aux déchets et aux algues nocives

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C’est de notoriété publique… En raison de l’activité humaine intensive, les mers et les océans sont de plus en plus pollués. La prolifération des déchets plastiques et des algues toxiques, comme les sargasses, menacent la faune et la flore. Pour dépolluer les océans, l’entreprise The Ocean Cleaner a créé un catamaran unique, idéal pour récolter les déchets et les algues nocives pour l’environnement. Rencontre avec un projet inspirant qui met en lumière la nécessité d’arrêter de produire des déchets à la source.

La pollution dans les mers et les océans est un fléau qui a de nombreuses conséquences, à la fois sur la vie humaine, mais aussi sur la faune et la flore. Selon une étude menée par les scientifiques de l’agence Oceans and Atmosphere, la présence de plastique dans les océans constitue une véritable menace pour les animaux marins. En étudiant les causes de la mort des tortues marines, des oiseaux de mer et des phoques, les chercheurs ont affirmé que le plastique était l’une des principales menaces de la vie marine.

En effet, de nombreux animaux marins meurent bloqués dans des débris plastiques, qui peuvent aussi provoquer des blessures parfois mortelles. D’autres, comme les tortues marines, avalent des sacs plastiques, croyant qu’il s’agit de nourriture. La pollution plastique est également un danger pour les oiseaux. Selon l’étude australienne, 99% des oiseaux marins auront ingéré du plastique d’ici 2050.

« Le plastique qui est déjà dans l’océan y flotte depuis des décennies, et nous en sommes maintenant à 70 ans de production plastique d’un niveau industriel, donc une grande partie se trouve déjà dans les océans de la planète. Réduire la quantité de plastique qui échoue dans l’océan est la seule manière de résoudre le problème », a affirmé Alex Bond, conservateur chargé des oiseaux au National History Museum de Londres.

Les mers et les océans de plus en plus pollués

Au total, 8 millions de tonnes de plastique sont déversées chaque année dans les océans, selon l’Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer (Ifremer). Ces déchets peuvent être directement jetés à la mer ou sur les plages, mais ils peuvent également parvenir jusqu’à l’océan en suivant les cours d’eau ou suite aux intempéries.

Une tortue de mer victime de la pollution des océans.

Une étude menée par l’Ifremer, publiée en 2019 dans la revue Marine Pollution Bulletin, a prouvé que les mers et les océans sont de plus en plus pollués. C’est notamment le cas de la Méditerranée, qui est la mer plus polluée d’Europe. Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs ont suivi les déchets flottants méditerranéens de 1994 à 2017, et ont constaté qu’ils étaient en augmentation depuis 2009.

« Dans les années 90, leur densité fluctuait autour de 100 déchets par km2. Depuis 2012, cette densité se situe plutôt autour de 200 déchets par km2, avec un maximum de près de 300 atteint en 2015. Le plastique représente plus de 60% de ces déchets », a constaté Olivia Gérigny, chercheuse océanographe au Centre Ifremer de Toulon.

Dans les océans, les principaux déchets retrouvés sont des sacs et bouteilles plastiques, des cannettes, des emballages alimentaires, des filets de pêche ainsi que des cotons et des vêtements.

Protéger les plages des sargasses, des algues toxiques

Il n’y a pas seulement les déchets plastiques qui polluent la mer, mais également les algues. Parmi elles, les sargasses : des algues brunes et toxiques qui prolifèrent près des Caraïbes et des Antilles.

Les sargasses, des algues brunes très toxiques pour la faune et la flore.

Selon une interview donnée par Frédéric Ménard, chercheur à l’Institut de recherche pour le développement, des échouages massifs de sargasses se produisent depuis 2011. Ces algues sont particulièrement nocives pour la faune et la flore, ainsi que pour la santé humaine. Leur présence excessive est directement liées aux pollutions humaines dont elles se nourrissent, avec une croissance accélérées par des conditions climatiques exceptionnelles. Un peu partout dans le monde, la prolifération d’algues toxiques de différentes espèces est également observée. L’agro-industrie et l’abus des intrants chimiques sont directement pointés du doigt.

« Lorsqu’elles arrivent sur les côtes, les sargasses pourrissent et consomment l’oxygène de la colonne d’eau, mettant en péril les organismes qui y vivent, notamment ceux qui ne peuvent pas bouger, comme les coquillages ou les récifs coralliens. L’autre problème est qu’elles dégagent de l’hydrogène sulfuré, un gaz toxique pour la santé humaine », a alerté Frédéric Ménard.

Pour limiter les déchets plastiques et la prolifération d’algues toxiques dans la mer, la société The Ocean Cleaner a créé un catamaran capable, selon eux, de dépolluer les océans. Cette entreprise a été fondée par Denis et Christine Jimenez, deux français qui ont été choqués d’observer l’augmentation rapide des déchets en mer. Ils ont alors cherché une solution pour dépolluer localement les eaux les plus touchées, jusqu’à créer un catamaran dédié.

Un catamaran pour dépolluer les océans ?

Suite à un projet imaginé en 2015, l’entreprise The Ocean Cleaner a créé le « Sargaboat » : le premier catamaran qui permet de récolter les déchets plastiques présents dans l’eau, ainsi que les algues toxiques comme les sargasses. Avec ce bateau unique, l’entreprise souhaite protéger les littoraux de ces algues couplé avec des barrières leur permettant de les récupérer.

Le projet n’a évidemment pas les moyens de dépolluer les océans tant l’ampleur du problème est grand, mais il permet d’éviter l’érosion de certaines plages et de préserver la biodiversité des zones les plus touchées. Pour suivre la prolifération des algues toxiques, Christine Jimenez possède une carte de surveillance en temps réel de l’arrivée des sargasses, qui couvre les 30 pays touchés par cette prolifération dangereuse.

Le catamaran parvient à récupérer les déchets plastiques et les sargasses présents dans l’océan.

Le catamaran de The Ocean Cleaner possède par ailleurs des remorques autonomes qui permettent de récolter et évacuer les déchets sans interruption. Pour ce faire, le catamaran alterne sans arrêt avec de nouvelles remorques, remplaçant une pleine par une vide. L’avantage de ce bateau réside dans sa consommation énergétique très faible. Son système de remorques permet également d’éviter des déplacements inutiles.

Selon l’entreprise, ce catamaran permettrait de récolter 50 fois plus d’algues et de déchets que les systèmes existants. Mais que faire de ces algues ? The Ocean Cleaner aimerait également créer une nouvelle méthode de recyclage respectueuse de l’environnement, de manière à transformer ces algues en matériaux de construction biosourcés.

Si le projet est hautement inspirant, il reste une question fondamentale que très peu osent poser : quand l’humanité va-t-elle arrêter de générer de la pollution à la source ? En effet, nous regorgeons d’imagination pour dépolluer localement

Lisa Guinot

Liens

Site de The Ocean Cleaner

Étude de l’Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer sur la pollution en mer Méditerranée

Interview de Frédéric Ménard sur la prolifération des sargasses

Étude de l’agence Oceans and Atmosphere sur l’impact de la pollution océanique sur les animaux marins


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